Dans les archives : la bataille d'Orthez, un tournant oublié de 1814
Le 27 février 1814, Orthez et ses environs ont été le théâtre de l'une des dernières batailles de la guerre d'indépendance d'Espagne. Plus de deux siècles plus tard, cet épisode reste inscrit dans les mémoires locales, bien qu'il n'ait ni le prestige d'Austerlitz, ni l'épique d'Eylau, ni l'impact politique de Waterloo. La bataille d'Orthez n'occupe pas les premières pages des manuels d'histoire militaire, mais elle a marqué un moment crucial dans les guerres napoléoniennes.
Un affrontement de titans dans le Béarn
Pourtant, le 27 février 1814, aux abords de la cité de Gaston Fébus, près de 36 000 soldats français font face à une armée coalisée supérieure en nombre, composée de Britanniques, d'Espagnols et de Portugais. Au total, un peu moins de 50 000 hommes s'affrontent sur ces plaines du Béarn. Deux grands stratèges de renom se font face : Jean-de-Dieu Soult, maréchal d'Empire, et Arthur Wellesley, duc de Wellington, dont le patronyme entrera dans la prospérité après sa victoire contre Napoléon Bonaparte en 1815.
C'est une armée française épuisée qui s'établit à Orthez durant cet hiver 1814. Les troupes menées par Soult reviennent d'Espagne, où la guerre d'indépendance fait rage et dessine les prémices des conflits asymétriques contemporains. La bataille des Pyrénées, dont l'issue aurait pu soulager les garnisons françaises assiégées à Pampelune, se solde par une défaite. Les troupes coalisées pénètrent en France, et les ordres sont clairs : tout doit être mis en œuvre pour les retarder. Les ponts depuis Oloron-Sainte-Marie sont détruits, mais ces initiatives ne parviennent pas à ralentir les troupes de Wellington.
Les ordres pressants de Napoléon et le déroulement des combats
Les ordres venant des plus hautes sphères, invectivant Soult à lancer une confrontation, deviennent pressants. « N'aurait-il que 20 000 hommes, en saisissant le moment avec hardiesse, il doit prendre l'avantage sur l'armée anglaise. Il a suffisamment de talent pour entendre ce que je veux dire », dicte l'empereur dans un courrier daté du 25 février 1814. L'affrontement est inévitable. Dans la nuit précédant la bataille, des feux de camp fleurissent sur les collines environnantes d'Orthez.
Les guerres napoléoniennes redessinent les batailles, et versent désormais dans les combats d'une nouvelle ampleur, impliquant des milliers d'hommes. Le 27 février 1814, Soult dispose donc ses forces le long de la route de Dax, sur près de huit kilomètres, entre Orthez et Saint-Boès. Le terrain est accidenté et doit rendre difficile la progression des troupes ennemies, une configuration qui complique également les communications entre les divisions françaises.
Alors que les premières canonnades retentissent aux alentours de neuf heures du matin, les soldats coalisés tentent de percer l'aile droite française. À cinq reprises, ils sont repoussés. Leurs efforts se portent ensuite au centre du dispositif installé par Soult. Le choc est violent, mais les troupes de l'Empire tiennent encore. Finalement, les lignes françaises cèdent sur leur aile gauche. Durant les combats, le général Foy, fer de lance de cette campagne menée par Soult, est grièvement blessé. Pour l'ensemble des commentateurs de l'époque, cet épisode est à l'origine de la désorganisation du camp tricolore.
La retraite et le lourd bilan humain
Soult réorganise son dispositif et rappelle une partie de son armée, mais les troupes coalisées traversent le gave de Pau. La retraite générale est définitivement sonnée, et le maréchal et ses hommes se replient vers les Landes. Le bilan humain est lourd : les deux camps confondus comptent près de 5 000 morts, un chiffre qui souligne l'intensité des combats et les sacrifices consentis lors de cette journée historique.
L'épisode méconnu de l'escadron Leclaire
Lors de cette bataille d'Orthez, un épisode méconnu a récemment été mis en lumière grâce au travail d'Alain Verwicht. Dans une étude fouillée intitulée « La charge de l'Escadron Leclaire », cet historien amateur et saint-boesien d'adoption retrace la tragique histoire de l'unique charge de cavalerie de la bataille d'Orthez. Alors que les combats font rage, une centaine de cavaliers, appartenant au 21e Régiment de chasseurs à cheval, chargent le sabre au clair une batterie de canon britannique disposée sur une butte.
L'action, plus qu'audacieuse, est à contre-courant de tous les enseignements militaires de l'époque. Les canonniers sont sabrés et les pièces d'artillerie réduites au silence. Une fois la charge terminée, les cavaliers repartent en direction de leurs positions. Ils empruntent un sentier exigu, aujourd'hui appelé le chemin des chasseurs, mais dans les broussailles, des soldats coalisés les attendent embusqués. Quand les premiers coups de feu éclatent, les chasseurs avancent en file indienne et ne peuvent répliquer. L'escadron est décimé : seuls sept militaires en réchappent.
Un héritage mémoriel modeste
De cette bataille, il ne reste plus qu'un monument érigé un siècle plus tard sur la route de Dax. Selon les dires de certaines mémoires orthéziennes, il arrive parfois d'y croiser des touristes venant d'outre-Manche, témoignant de l'intérêt persistant pour cet événement historique. Bien que moins célèbre que d'autres batailles napoléoniennes, la bataille d'Orthez demeure un chapitre important de l'histoire régionale et militaire, rappelant les sacrifices et les stratégies complexes de cette époque tumultueuse.



