Bandol : journaux intimes inédits, la Libération heure par heure
Bandol : journaux inédits racontent la Libération

L’historien Jean-Marie Schneider a exhumé trois journaux intimes rédigés en août 1944 par des Bandolais, dont un inédit, qui racontent, parfois heure par heure, la folle semaine de la libération de Bandol. Ces témoignages, écrits en direct, offrent un regard intime et quasi cinématographique sur cet événement majeur, 82 ans après les faits.

Trois témoins, trois regards sur la Libération

Le premier journal est celui de Jean Dutheil, retrouvé par hasard par sa famille dans un carton et confié à la mairie. Jamais exploité, il relate le point de vue d’un habitant d’une villa sur la colline de Vallongue. Le deuxième témoignage est celui de Suzanne Guillocheau-Boyer, également retrouvé par hasard. Elle habitait sur le port, à la bijouterie située à l’angle de la rue Marçon. Enfin, les écrits de Roger Deligny, retrouvés dans un recueil de documents publié pour les cent ans de l’ex-Grand Hôtel, décrivent la vie d’un habitant d’une villa à flanc de colline, face au Casino.

La rumeur du Débarquement et l’occupant allemand

À partir du 15 août 1944, le dénouement est proche. La rumeur du Débarquement est alimentée dès le lendemain par de nombreux « passages aériens, des bruits sourds au loin » et par la fébrilité de l’occupant allemand. Jean Dutheil rapporte le 17 août une altercation avec un soldat allemand : « Monsieur, nous contrôle bicyclette pour soldats allemands. Vous avez un papir (sic.) de la Kommandantur ? Nicht papir. Nicht Kontrol ! Le Frizou sort son revolver et le met sur le ventre de Janou ». Le 19 août, les Allemands fuient et des arches du viaduc sautent dans la nuit du 20 août.

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Le 21 août 1944 : l’arrivée des libérateurs et les obus

Le lundi 21 août 1944, Jean Dutheil décrit l’arrivée des troupes : « Une auto militaire est là dans le tournant : deux soldats casqués sont descendus : “merde, c’est encore des boches ! … Mais non, en y regardant mieux, ça a l’air d’être des Américains. Allons-y ! Joie ! Émotion ! Délire ! Ce sont des Français ! Embrassades, larmes, félicitations, on n’ose y croire ! Toute une colonne motorisée […], est là sur la route, entre le viaduc […] et les environs de Vallongue ».

À 11 heures, l’entrée des troupes à Bandol est triomphale : vin d’honneur, discours, Marseillaise, préparatifs de bal. Mais à 11 h 45, les Allemands ouvrent le feu sur Bandol depuis la pointe de la Cride. Jean Dutheil note : « Les salauds ! Ils ont attendu patiemment pendant quatre heures, et pourtant de la pointe de la Cride ils voyaient parfaitement tout ce qui se passait entre le viaduc et le casino, mais il voulait laisser croire qu’ils étaient partis ! »

Suzanne Guillocheau-Boyer décrit l’atmosphère : « C’est un matin radieux qui prend à lui tout seul un air de fête. Comme une traînée de poudre, la nouvelle se répand que les troupes libératrices sont chez nous, toutes proches. […] Au monument aux morts, à la mairie, à chaque maison, flotte enfin retrouvé notre drapeau. C’est une débauche de bleu, de blanc et de rouge. Les jeunes filles, en bandes, chantent La Marseillaise et portent des bouquets. Un enthousiasme, débordant, un immense élan de reconnaissance, s’exhale de tous les cœurs vers ceux à qui nous devons la liberté… Et ce sont des Français ».

Roger Deligny rapporte que « les artilleurs allemands des Fortins de la Cride choisirent ce moment pour échanger quelques tirs avec les chars. Du côté des curieux, ce fut la débandade. […] Ce n’est que plus tard que j’appris que le Grand Hôtel avait été sérieusement touché par trois obus […] Sept sous-officiers et soldats français furent tués sur la route […] ; de nombreux autres, Algériens et Français furent blessés. On étendit les blessés et les morts dans un salon de l’hôtel. Un tirailleur algérien avait la mâchoire arrachée ».

Le 22 août 1944 : la poursuite des bombardements

Le mardi 22 août 1944, Jean Dutheil note : « 0 heure. Les forts tenus par les boches se remettent à canarder pendant plus d’une heure. 3 heures. Idem. 4 h 30. Re idem. 11 heures. Les obus retombent sur Bandol… Et sur Vallongue. 14 heures. Ça se calme, mais nous avons eu l’impression que nos voisins du Logis-Neuf doivent avoir pris quelque chose. Il faut aller voir. »

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Suzanne Guillocheau-Boyer écrit : « La batterie fantôme a recommencé à tirer en pleine nuit et nous ressentons une fois de plus l’angoisse causée par le sifflement des obus […]. Tout près de nous des maisons sont touchées […] notamment Poupoune et la pharmacie ».

Jean Dutheil raconte une rencontre avec un colonel : « Au plus fort de ma colère, j’aperçois assis sur le talus, un grand diable avec un casque… Portant 5 galons ! Le colonel ! Je m’excuse… Et lui explique que depuis la veille j’avais fait des pieds et des mains pour que la colonne ne reste pas là où elle était, mais, écoute-t-on les avis d’un civil ? Lui, il a compris, car son PC installé à l’usine électrique vient d’être détruit : la popote pulvérisée et… 10 blessés, dont 2 gravement […] Il accepte de venir souper le soir, à Vallongue avec ses officiers d’État-Major. Quel repas inoubliable ».

Les cérémonies commémoratives auront lieu aujourd’hui : rassemblement à 18 h sur la place de l’Hôtel de ville, cérémonie patriotique à 19 h place Xavier-Suquet, concert Planet Pop à 21 h 30 place des Libérateurs-africains, et feu d’artifice à 22 h 30 sur le port.