Années folles sur la Côte d'Azur : un mythe toujours vivace
Années folles sur la Côte d'Azur : un mythe toujours vivace

Cent ans après l'été que Francis Scott Fitzgerald et Zelda passèrent sur la Riviera, l'imaginaire des années folles continue d'imprégner la Côte d'Azur, entre patrimoine préservé, adaptations cinématographiques et événements littéraires. La légende Gatsby, née d'un été à Saint-Raphaël, alimente toujours une fantasmagorie collective, renforcée par les réseaux sociaux et une architecture Art déco toujours visible.

Un mythe entretenu par le cinéma et la mode

L'œuvre de Fitzgerald, notamment Tendre est la nuit, a donné lieu à quatre adaptations cinématographiques. La première, réalisée par Herbert Brenon en 1926, un an après la parution du roman, est une version muette considérée comme perdue. En 1949, Elliott Nugent livre sa propre adaptation, distribuée en France sous le titre Le Prix du silence. Mais c'est la version de Jack Clayton en 1974, avec Robert Redford dans le rôle-titre et un scénario signé Francis Ford Coppola, qui marque durablement les esprits. Si la critique se montre partagée, le succès commercial est au rendez-vous.

Cette influence se retrouve également dans la mode. Au milieu des années 1970, plusieurs créateurs puisent dans l'esthétique des roaring twenties pour réinventer les silhouettes contemporaines, comme en témoigne la collection automne-hiver 1974 de Jean Allen avec ses longs sautoirs, ses lignes fluides et ses allures androgynes.

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En 2013, Baz Luhrmann fait sensation à Cannes en présentant hors compétition son adaptation de Gatsby le Magnifique, avec Leonardo DiCaprio. Une scène du film, le « Gatsby Toast », devient un mème mondial sur les réseaux sociaux, consacrant le mystérieux milliardaire dans la pop culture. Cependant, comme celle de Clayton, l'adaptation de Luhrmann divise les admirateurs de Fitzgerald, certains lui reprochant d'avoir privilégié le spectaculaire au détriment de la subtilité du roman.

Le jazz et le tourisme moderne, héritages vivants

Le jazz continue de résonner sur la Riviera, notamment avec le festival Jazz à Juan, qui perdure depuis 1960 dans la Pinède Gould, et le Nice Jazz Festival, créé en 1948. Juan-les-Pins prend également soin de la mémoire de Sidney Bechet, avec un buste du clarinettiste américain et un collège portant son nom.

L'héritage des années folles, c'est aussi le tourisme moderne. Les années vingt marquent un tournant : la Riviera, déjà ouverte au monde, devient une destination internationale de premier plan. Un siècle plus tard, elle continue d'attirer visiteurs, artistes et célébrités, portée notamment par des rendez-vous d'envergure comme le Festival de Cannes. Si le concours d'élégance automobile de Juan-les-Pins et le Grand Prix automobile de Nice ont disparu, d'autres événements ont traversé le siècle, comme le Grand Prix de Monaco, dont la première course inaugurale s'est déroulée le 14 avril 1929, remportée par William Grover-Williams au volant d'une Bugatti.

Un patrimoine Art déco préservé

L'empreinte la plus visible des années folles reste l'architecture. De l'est à l'ouest, des bijoux Art déco ont été préservés. À Grimaud, la Villa Vent d'Avant, signée Pierre Chareau et Bernard Bijvoet en 1928, est classée monument historique. À Saint-Tropez, Latitude 43, ancien palace, est devenu un ensemble résidentiel. À Nice, 600 immeubles construits entre les deux guerres reprennent les codes Art déco, parmi lesquels Les Palmiers, rue Frédéric Passy, et La Rotonde, dans le quartier des Musiciens. Le Palais de la Méditerranée, sur la Promenade des Anglais, incarne l'idéal Art déco avec ses figures féminines et ses chevaux marins sculptés par Antoine Sartorio.

Au cœur de la station pionnière de la saison estivale, les joyaux se concentrent : Belles-Rives (ex-Villa Saint-Louis qui a accueilli les Fitzgerald en 1925-1926), l'hôtel Juana, le Provençal ou encore le 1932 Hôtel et Spa. À Cannes, la Villa Domergue, imaginée par le peintre Jean-Gabriel Domergue, est inscrite à l'inventaire des monuments historiques, sans oublier les hôtels Majestic et Martinez.

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Le Prix Fitzgerald, une distinction littéraire

Le Prix Fitzgerald a célébré son quinzième anniversaire en juin 2026. L'idée de cette distinction germait dans l'esprit de Marianne Estène-Chauvin, propriétaire de l'hôtel Belles Rives, bien avant sa création. Elle se souvient avoir sollicité les conseils d'un fidèle client, l'éditeur Christian Bourgois. « Je lui ai demandé, il y a des années, comment créer un prix littéraire. Il m'a expliqué les grandes lignes, les statuts, l'organisation… Puis il m'a proposé de venir le voir à Paris pour poursuivre la discussion », raconte-t-elle. Les années passent, et « le jour où j'ai finalement décidé de lancer le prix, Christian Bourgois est mort ».

Porté par l'Académie Francis Scott Fitzgerald, le prix réunit chaque année un jury de personnalités du monde des lettres, de l'Académie française, des médias et des arts. Les ouvrages, tous récents, doivent partager un « esprit fitzgeraldien » : une écriture élégante, un regard singulier sur le monde et une capacité à saisir les nuances de leur époque. La remise du prix se déroule au sein même de l'hôtel. En 2023, Quentin Tarantino a reçu le prix pour Cinéma spéculations. L'année suivante, Joyce Carol Oates a été honorée. En 2025, Richard Ford a été récompensé, et en 2026, Julian Barnes pour son roman Départ(s).

Pour Jean-Luc Guillet, « s'ils revenaient aujourd'hui, je ne suis pas sûr qu'ils se plaisent ici. Pour eux, il y a trop de monde, aussi bien à Valescure qu'à la plage de la Garoupe ». Mais il ajoute : « Ce que l'on retrouve et qui n'a pas dû changer : c'est une lumière. Le coucher de soleil depuis la villa Saint-Louis est toujours le même. » Antoine Chauvin-Estène, à la tête du groupe Belles Rives, constate que « cette image romancée d'une jeunesse qui visite, en couple ou entre amis, la Côte d'Azur reste extrêmement vivace. Aujourd'hui, les réseaux sociaux contribuent plus que jamais à l'entretenir ». La Riviera demeure le décor d'un âge d'or, nourrissant la nostalgie d'une époque jamais connue.