Ambrussum : 90 % du site antique reste encore à fouiller
Ambrussum : 90 % du site reste encore à fouiller

L’oppidum d’Ambrussum, situé sur la commune de Lunel dans l’Hérault, n’a pas fini de livrer ses secrets. Selon Simon Azema, directeur du site archéologique et du musée d’Ambrussum, « on a encore 90 % du site à fouiller ». Cette proportion donne une idée de l’ampleur du travail qui attend encore les archéologues, plus d’un siècle après les premières recherches.

Des premières fouilles au début du XXe siècle

Les premières véritables fouilles sur le site remontent aux années 1910. C’est le docteur Émile Marignan, médecin à Marsillargues et passionné de sciences humaines, notamment de préhistoire, qui les a entreprises entre 1910 et 1914. Ses recherches ont mis au jour un riche mobilier néolithique le long du rempart, au sud de la colline, ainsi que plusieurs vestiges préromains et romains. Avec les archéologues Jean et Marcel Grand, il a participé aux premières recherches structurées sur l’oppidum et à l’établissement d’une première chronologie du site, allant de la fin de la Préhistoire jusqu’au Moyen Âge.

Après ces premières campagnes, les fouilles sont restées ponctuelles pendant plusieurs décennies. Il faut attendre les années 1960 pour que les recherches prennent une nouvelle ampleur. En 1964, l’archéologue Marc Fenouillet mène des prospections sur la colline du Devès et dans les vignes du Sablas. Trois ans plus tard, Jean-Luc Fiches entreprend à son tour de fouiller l’oppidum, et ce pendant plus de 35 ans. Ces campagnes ont permis de mettre au jour plusieurs habitations, une basilique civile, puis la voie pavée qui constituait la rue principale de la ville.

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Un chantier-école pour former les étudiants

À Ambrussum, les fouilleurs ne cherchent pas seulement à dégager des murs : chaque découverte doit être étudiée, datée, restaurée et replacée dans son contexte. Les campagnes menées au pied de la colline à partir de 1984 ont ainsi été consacrées pendant près de trente ans au relais routier installé le long de la Via Domitia. Ce secteur, particulièrement bien conservé, a permis aux chercheurs d’étudier l’un des premiers relais routiers antiques quasiment épargnés par les occupations postérieures.

Depuis 2016, les recherches se concentrent sur le quartier public de l’oppidum, sous la direction de Maxime Scrinzi. L’objectif est de mieux comprendre l’organisation de la ville et, à travers elle, la vie politique et sociale de ses habitants à l’époque où Ambrussum se transforme sous l’influence romaine. Ces campagnes prennent la forme de chantiers-écoles au cours desquels les étudiants en archéologie sont accueillis directement sur le terrain pendant plusieurs semaines chaque année, afin de compléter leur formation universitaire par une expérience pratique de la fouille.

Une pause nécessaire avant de nouvelles découvertes

Entre 2016 et 2024, les fouilles du forum représentent en réalité neuf mois de travail, répartis sur neuf ans, en fonction des budgets et de la disponibilité des étudiants. Aujourd’hui, les archéologues marquent une pause. Il ne s’agit pas d’un abandon, mais d’une étape indispensable : les objets sortis de terre doivent être étudiés, restaurés et documentés avant que de nouvelles zones soient ouvertes. « Il y a un temps de laboratoire et de synthèse de tout ce qu’on a fouillé précédemment », explique Maxime Scrinzi.

Une exposition doit présenter à partir de septembre plusieurs découvertes réalisées entre 2016 et 2024, dont certaines viennent tout juste de sortir des laboratoires de restauration. Cette pause ne signifie pas pour autant que les recherches sont terminées. Les prochaines campagnes devraient permettre de poursuivre l’exploration du forum, mais aussi de mieux comprendre l’organisation de la ville. Les archéologues cherchent notamment à retrouver le tracé des rues antiques, une nécessité scientifique mais aussi une question de conservation : une partie des vestiges se trouve encore sous les zones accessibles aux visiteurs.

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Pour Maxime Scrinzi, le travail pourrait s’étendre sur plusieurs générations. Sur l’ensemble du site, les zones fouillées restent très minoritaires. « Il y a encore énormément de choses à découvrir », estime-t-il. Cette histoire explique aussi pourquoi chaque campagne apporte son lot de nouvelles informations. Pour l’instant, les archéologues prennent donc le temps de regarder ce que la terre leur a déjà livré. Avant de retourner fouiller, il faut comprendre. Et à Ambrussum, ce travail pourrait encore occuper plusieurs générations.

C’est pourquoi le musée met un point d’honneur à transmettre, à travers des ateliers destinés aux enfants de 7 à 12 ans, organisés les jeudis. Ils peuvent notamment s’initier à la fouille archéologique en manipulant les outils et en étudiant les vestiges découverts.