Publicité « Je suis un créatif, un hyperactif » : ce musée privé près de Draguignan expose plus de 6.000 lampes à huile antiques. Après avoir côtoyé et accompagné de grands noms de l’archéologie sous-marine, Marc Danchin, collectionneur autodidacte, est tombé raide dingue de lampes à huiles antiques à La Motte. Son musée privé en renferme plus de 6.000 !
Avant de collectionner les lampes à huile antiques, Marc Danchin était plongé dans les épaves sous-marines, les amphores… Il n’est pas bleu, n’exauce aucun vœu et n’est pas prisonnier d’une lampe convoitée. Reste que Marc Danchin est, lui aussi, génie de la lampe à sa manière : il les collectionne. Pas n’importe lesquelles ! Il possède plus de 6.000 lampes à huile antiques. Toutes sont regroupées dans l’ancien cabinet médical de La Motte, qu’il a spécialement rénové en 2021. Mais seul un échantillon de ses trésors (environ 800 pièces) est exposé gratuitement au Malhac, sis 3 place Georges-Clemenceau.
Avant de s’installer au village avec sa femme Patricia voilà une dizaine d’années, « il m’est arrivé de louer un appartement à Roquebrune-Cap-Martin rien que pour elles » ! Marc Danchin ne s’est rendu compte qu’il les accumulait que tardivement. Tout a commencé il y a une trentaine d’années. Et au départ, il était question d’amphores. Marc Danchin n’a pas 30 ans quand, après des désaccords avec sa direction, il quitte l’entreprise de fabrication de matériel médical dans laquelle il travaille à Bandol. « J’habitais près de la mer et je voyais des jeunes faire de la plongée. J’ai voulu essayer. C’était sympa. Alors j’ai fini par les aider et je faisais des baptêmes. » C’est là que, lors d’une remontée, il tombe sur une drôle de pierre. « Elle n’avait rien à voir avec les autres. » Obnubilé, il passe l’année à visiter tous les musées de la Côte d’Azur pour tenter de retrouver un rocher similaire. « J’ai fini par découvrir qu’il s’agissait d’un artefact, une ancre grecque. Ma quête m’a passionné ! »
Alors, pour continuer de creuser, il cherche à s’entourer de pointures de l’archéologie sous-marine. Il fait notamment la rencontre du chasseur d’épaves raphaëlois Jean-Pierre Joncheray. « Je voulais l’accompagner lors d’une fouille. Je l’ai emmerdé jusqu’à ce qu’il accepte ! » Non seulement il a accepté, mais en plus ils sont devenus amis. Au musée, en face des lampes à huile antiques, la moitié des quelque 40 amphores ont été découvertes par ce ponte. « Je les ai achetées. Elles ont toutes été trouvées dans le bassin méditerranéen. » Mais le temps vient à lui manquer pour plonger à ses côtés. Sa carrière professionnelle le force à garder les pieds sur terre. « Notamment lorsque j’ai racheté l’entreprise de fabrication de matériel médical dans laquelle j’ai travaillé, à Bandol. »
Durant ses maigres jours de repos, il délaisse les bouteilles d’oxygène pour se noyer dans l’étude d’épaves qui l’intéresse. Puis Marc Dandin finit par tomber sur un carton offert jadis par sa tante. Dedans ? « Trois ou quatre lampes à huile antiques de Tunisie. J’ai commencé à faire des recherches. J’ai finalement mis le doigt dans l’engrenage. » À bientôt 67 ans, il n’entend toujours pas en sortir. « Là encore, pour en savoir davantage sur le sujet, je me suis entouré de grands connaisseurs et collectionneurs. » Et s’est même réservé un budget pour les arracher aux enchères : près de 100.000 euros par an ! « Aujourd’hui, ça a bien réduit. Mon enveloppe tourne désormais autour des 10.000 euros. Il n’y a plus beaucoup de ventes. Devoir prouver leur origine a fortement complexifié le processus. » Avant Internet, il allait directement en salle des ventes. Marc Danchin a fait le tour du monde pour elles.
Ce qui le fascine ? C’est ce que les lampes renferment. Non pas le Génie d’Aladdin. Mais leur âme. En plus des amphores et lampes à huiles antiques, Marc Danchin expose des accessoires tels que des moules, pinces, briquets, lanternes ou réflecteurs. Le Malhac est ouvert tous les vendredis, pendant les fêtes et sur rendez-vous au 06.88.05.75.14.
« C’est un objet du quotidien. Un truc de base que tout le monde avait en terre cuite. La lampe est un fossile directeur. Quand on en trouve une, on parvient à lui donner une date, un lieu… Grâce à elles, on parvient à connaître les flux commerciaux, où se situaient les ateliers de production. » Mais aucune d’elles n’est sa préférée. Aucune d’elles ne le fait frissonner. « Parce qu’une fois que je sais tout, elle ne m’intéresse plus. » Reste néanmoins des exceptions, telles que ces 450 pièces récupérées d’un copain décédé. « Il a été comme un professeur pour moi. J’y suis attaché sentimentalement. Mais je n’arrive pas encore à ouvrir les cartons. »
En attendant, il écrit sur ses lampes à huile antiques pour Michel Feugere, au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). « Pour moi, faire ça, ce sont des vacances. D’ailleurs, quand on part avec ma femme, on visite les musées méditerranéens – les autres ne m’intéressent pas ! » Pour préserver sa riche collection, Marc Danchin songe désormais à l’avenir. « Je suis en train d’anticiper ma mort. Au départ, j’étais parti pour faire un fonds de dotation. Finalement, c’était infernal. Alors je vais créer une association qui détiendra tout. Si tout le monde s’en fiche, ça restera comme ça – mes enfants aiment bien mais ce n’est pas leur truc. Sinon, je la transformerai en fonds de dotation. Dans tous les cas, je ne souhaite pas que ce soit vendu. »
Ce serait un terrible gâchis. Marc Danchin a tout bâti à partir de rien. Autodidacte, il s’est forgé seul, en dehors des cases. Né dans le 18e arrondissement de Paris, de parents blanchisseurs, il part en pension « chez le curé, en campagne », à l’âge de 10 ans. Une fois ado, la famille déménage sur la Côte d’Azur. Mais il repart à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne). Seul. « On m’a mis dehors à l’école. Mes diplômes, je les ai obtenus bien plus tard. Alors j’ai eu le choix entre devenir ébéniste ou photographe. J’ai choisi le second. » C’est ainsi qu’il débarque au Trocadéro pour effectuer son premier stage au musée de l’Homme. « Je faisais des photos pour les archéologues. Le matin, ils arrivaient avec une cagette d’objets. » Un signe précurseur ? « Je suis finalement parti par amour, fabriquer des paumelles entre Chartres et Le Mans. » Ce n’est qu’à 24 ans qu’il atterrit à Bandol, dans cette entreprise de fabrication de matériel médical. « En 1995, quand je l’ai quitté, j’ai fait une école de management pour me remettre en question. J’ai fait deux années d’études, j’ai obtenu l’équivalent d’un Bac + 6. » Aujourd’hui, il est à la tête de plusieurs usines et patron de 600 personnes. « Je suis un créatif, un hyperactif. » Bref, un passionné bien éclairé.
Le musée archéologique de la lampe à huile antique et de la céramique (Malhac) est ouvert tous les vendredis, pendant les fêtes et sur rendez-vous. Contact : 06.88.05.75.14.



