Un artiste à l'allure princière dans le cœur de Paris
C'est un homme qui évoque le charisme d'un prince, avec la silhouette d'un mannequin, que l'on rencontre dans le premier arrondissement de Paris. Sa chevelure est soigneusement taillée, son visage finement ciselé, et sa démarche respire l'enthousiasme. Il s'agit du chanteur Nathan Zanagar, nom de scène inspiré de son troisième prénom inventé par son père. Celui qui fréquente assidûment la Place des Vosges, au Serpent à Plume – « un club inspirant, lieu de rencontre de dandys modernes, au milieu de rockeurs et de femmes russes », confie-t-il – ne pouvait échapper à l'appel de l'art. Il en est profondément imprégné, quelle que soit sa forme, grâce à son environnement familial.
Un héritage artistique omniprésent
« Je pouvais chanter pour n'importe qui », raconte le trentenaire. Fils d'un père cinéaste et d'une mère, Yasmina Reza, devenue l'une des autrices françaises les plus lues de sa génération, il vit de sa musique depuis toujours. Il maîtrise aussi bien la guitare que le piano et n'a jamais rêvé « que de ça ». « Dès mes trois ans, ce fut cauchemardesque pour mes parents. Si on était dans un train ou dans un lieu de vacances, je finissais toujours par disparaître. Ils me retrouvaient à chanter devant un attroupement. Je pouvais chanter pour n'importe qui. »
Sa sœur, elle, a tenté de s'orienter vers le droit, mais le dessin l'a finalement rattrapée. Dans ce foyer implanté au centre de Paris, une histoire profonde se dessine – « Mes amis m'ont tous dit : c'est incroyable, maintenant qu'on vous voit parler en famille, on comprend ce que ta mère écrit. » Des grands-parents déplacés, juifs d'Europe de l'Est, qui ont fait table rase et « ont absolument cherché à s'assimiler », si fortement qu'ils ont élevé des enfants dans un français parfait.
Lors de son premier concert à New York, Nathan Zanagar propose à sa grand-mère d'aller déposer une pierre sur la tombe de ses arrière-grands-parents. La vieille femme, touchée, accepte avec joie – puis avoue ne plus savoir où ils sont enterrés. « Je n'allais pas parcourir les six cents cimetières new-yorkais. »
Le poids de l'héritage et la libération
« J'ai été saqué à un point… », révèle le chanteur. Derrière le micro, il porte souvent des pantalons pailletés et n'hésite pas à danser. Il dégage une certaine aisance face au public venu le voir. Normal, sa première scène arrive à la puberté, vers dix-huit ans, au club l'Alcazar. Et son premier « gros concert », à vingt ans, au Nouveau Casino. « Mais dans mon cas, le chemin était long et sinueux. J'y marche toujours. »
En fin de baccalauréat, Nathan passe dix jours à la Sorbonne avant d'abandonner, pour signer un premier single – une reprise de « The Hounds of Winter » de Sting, choisie comme bande originale du spectacle Comment vous racontez la partie de sa mère, Yasmina Reza. « Je crains qu'elle ne soit ma première fan. Elle est un peu mère juive », plaisante le trentenaire, assis à la table d'un café, les mains autour de son chocolat chaud.
Entre-temps, il est à la fois jardinier – « J'ai fait plein de balcons à Paris, des terrasses, j'adorais ça » –, un peu mannequin « par-ci, par-là ». Et comme il a un bon niveau d'anglais, il révise aussi parfois des traductions. Mais deux ans plus tard, rebelote, c'est lui qui compose la musique de la nouvelle pièce de sa mère, Bella Figura. Difficile de se fondre dans la masse quand on débute ainsi.
Pourtant, pendant des années, Nathan nie son appartenance, allant jusqu'à demander aux journalistes de ne pas mentionner sa mère. Non par honte – il n'a aucun problème avec elle – mais parce qu'en France, être le fils d'une grande autrice provoque des remontrances. « J'ai été saqué à un point… Parce qu'on m'a considéré comme “un fils de”, on ne voulait pas m'aider. »
Les choses basculent lors d'un voyage à New York. Là-bas, les rendez-vous sont obtenus grâce à l'agent de sa mère, « sans condescendance ni méfiance. » C'est le talent qui compte, lui avait-on dit. « Dans l'avion retour, je me suis dit : en France, ils ont gagné. Si je cache qui je suis, mon lien à ma mère… C'est qu'ils ont gagné. » Depuis, il ne se prive plus, et raconte cette histoire librement – y compris le souvenir d'une grande journaliste de radio, à trente secondes de l'antenne, à qui il avait murmuré sa requête. Elle n'avait rien dit. « J'ai trouvé que c'était tellement généreux. »
Une carrière construite pas à pas
« J'ai ce truc des chanteurs, je suis assez intense », avoue-t-il. Mais la suite, il l'a construite à sa façon. « Le Jeune », premier single pop-rock et sensible, sorti en 2016, qu'il compose, sur lequel il écrit « On m'appelle le jeune/ Je suis pas à l'aise/ Et un peu tout seul » et dont il réalise lui-même le clip, finit par se glisser dans un film français à succès, Amis Publics. « La jeunesse n'empêche ni la maturité, ni l'intelligence. Ce qui est touchant à cet âge-là, c'est le fait de mal se connaître. On flotte un peu, on navigue à vue. Et je le vois chez mes amis plus jeunes. J'ai envie de leur faire des câlins, leur dire que ça va aller. »
Un an plus tard sort Continents Carnivores, un premier EP en trois langues et trois univers, avec, là encore, deux clips qu'il signe derrière la caméra. Et plus récemment, sa version de « Nature Boy », apparue sur la bande originale du film de Yolande Zauberman, La Belle de Gaza, présenté en sélection officielle à Cannes où il donne une performance spéciale. Le tout le conduit sur des scènes à Paris, New York, Londres, Copenhague, Vienne, et en tournée aux Philippines.
« J'ai ce truc des chanteurs, je suis assez intense. Au moindre coup de stress, j'ai un cœur qui bat à 130 et un mal de ventre terrible. J'ai beau me dire que tout va bien, mon corps reste en état d'alerte. Je psychosomatise beaucoup. »
Un citadin passionné par les arbres
Il y a chez cet homme éloquent, à l'allure élégante, une nette sensibilité. Alors pour calmer ses ardeurs, le citadin « amoureux des Alpes » plante des arbres, une véritable passion. Depuis ses sept ans, lorsqu'il ramasse un marron dans un parc, il le plante sur un balcon et attend cinq mois avant d'apercevoir un premier bourgeon. « Je suis fasciné par les arbres, qu'ils puissent atteindre trente mètres et vivre quatre cents ans. »
Depuis, les balcons de son appartement sous les toits parisiens sont devenus une pépinière. Chaque plante grandit, change de pot, jusqu'au jour où elle devient trop grande et où il faut lui trouver une maison de campagne, une forêt, n'importe quel espace assez grand pour la planter. Il y a « l'histoire du sapin de Noël », trouvé dans une poubelle de rue, un lendemain de fêtes, qu'il souhaite raconter. « Je l'ai embarqué chez mon batteur – il n'avait pas le choix – qui est aussi mon oncle. Quatre ans plus tard, le sapin était trop grand pour le balcon. On l'a emmené en montagne, trouvé une clairière entre les conifères, et on l'a planté là. On retourne le voir de temps en temps. Il est toujours là. »
Le rêve de la grande salle
Qu'on aime ou non la tendresse de Nathan Zanagar, ses productions perfectibles, le chanteur a publié en 2025 un EP délicat, La Grande Salle – ode à la future grande scène qui l'accueillera, le public au rendez-vous ; celle qu'il cherche encore, inspiré par la chanson éponyme, écrite par sa mère.
C'est aussi son projet le plus personnel jusqu'à présent, où cinq chansons originales naviguent, dont l'énergique « In my head », ou le triste et puissant « Aux hommes », inspiré par les plus grands « qui font exploser les sensations » d'Aretha Franklin à Jacques Brel, sur lequel sa voix résonne : « Aux hommes je mens / C'est ce que je suis sauf que ce que je suis / C'est dérangeant ». « J'ai envie que les parties de moi les plus fragiles se voient artistiquement. C'est ce qui fait que les gens sont touchés et peuvent, eux aussi, vivre leur fragilité. »
En février 2026, il boucle finalement le chapitre par un album live (Live dans La Grande Salle) enregistré lors d'un concert à Paris. Pas le plus propre, évidemment. Mais le plus humain. « Le live, c'est les défauts. C'est ce que j'aime le plus. »
Atteindra-t-il un jour ce rêve de grande salle ? Qui sait, un jour un Stade de France ? « Je ne sais pas si je pourrai chanter comme Mick Jagger à quatre-vingts ans, s'il y aura encore des gens dans la salle… Et une partie de moi plus raisonnable se dit que de toute façon, je pourrais faire autre chose. » De l'urbanisme, peut-être, dans la végétalisation des villes, ou bien de la photographie, du cinéma… « J'ai beaucoup de passions. Mais si je ne chante pas, une partie de moi meurt. Et cette partie me fait très peur. » La route du succès est longue, et Nathan Zanagar le sait. Son prochain album est déjà en préparation.
Demain vu par Nathan Zanagar
Il y a dix ans, où vous imaginiez-vous ?
« Je me rêvais sur scène, à l'Olympia ou au Stade de France, avec le sentiment d'être exactement à ma place. »
Et dans dix ans ?
« Heureux, entouré des miens, toujours en train de créer et de chanter pour des gens qui en ont envie. »
Qu'est-ce qui vous rend optimiste ?
« Les gens, surtout. Il y a quelque chose de profondément beau dans leur capacité à se rassembler dans les salles de concert, peu importe leur bord politique, et de chanter en communion. Il y a aussi la beauté du quotidien, les talents qu'on découvre partout, même sur les réseaux. »
Quelles évolutions souhaitez-vous, dans les années qui viennent, au monde de la musique ?
« Une meilleure rémunération des artistes et un rééquilibrage face aux plateformes. Et peut-être, avec l'IA, un retour à la valeur du live et du réel. »
Et quel avenir souhaitez-vous à notre société dans son ensemble ?
« Ce n'est pas très original, mais évidemment, moins de guerres, plus de liberté, notamment pour les femmes et les minorités. Quand on a la chance de vivre là où l'on vit, on ne peut pas oublier que ce n'est pas le cas partout. J'aimerais que ces libertés soient plus universelles. Mais au-delà de ça, il y a une vraie question sur la nature humaine. On est capables du meilleur comme du pire. J'aimerais qu'on arrive à mieux se comprendre, à canaliser cette part destructrice, et à tendre vers quelque chose de plus juste. »
Quelle est la phrase qui résume votre vision du futur ?
« Je n'ai pas de vision claire du futur, seulement des espoirs. Mais il y a cette phrase qu'on m'avait lue quand j'étais plus jeune et qui m'est toujours restée. C'est dans le dictionnaire philosophique de Voltaire : “Ce n'est pas notre condition, mais la trempe de notre âme qui nous rend heureux.” »



