Nana Mouskouri : l'icône de la chanson se confie sur sa carrière et ses combats
Nana Mouskouri : confidences d'une légende de la chanson

Nana Mouskouri : une légende vivante de la chanson se dévoile

C'est une silhouette immédiatement reconnaissable : cheveux noirs, bouche rouge, lunettes à monture imposante. Née Ioanna Mouskouri à La Canée en Crète en 1934, cette artiste d'exception a bâti une carrière hors normes. Première chanteuse non lyrique à se produire à l'Opéra de Paris, elle a enregistré plus de 1 550 chansons et vendu des millions d'albums, dépassant des icônes comme les Rolling Stones ou Bob Marley. Polyglotte extraordinaire, elle chante dans 24 langues différentes, de l'anglais au japonais en passant par le gallois et l'hébreu.

Un retour émouvant sur scène

Le 26 avril 2024, Nana Mouskouri a fait retentir sa voix dans le stade panathénaïque d'Athènes, lieu historique des premiers Jeux olympiques modernes en 1896. Cet événement marquait la transmission de la flamme olympique de la Grèce à la France. Pour l'artiste, ce moment fut particulièrement chargé d'émotion : « J'avais les larmes aux yeux. Des larmes de joie », confie-t-elle. Elle n'avait plus chanté depuis sa tournée d'adieu en 2018.

Ce retour sur scène lui a rappelé ses débuts difficiles : « Je venais d'un petit pays abattu après des années de guerre civile, et mon physique n'était pas celui des pin-up de l'époque ». Pourtant, des producteurs comme Louis Hazan, Gérard Davoust et son futur mari André Chapelle ont cru en sa voix unique.

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Les lunettes : un symbole d'identité

Ses célèbres lunettes à monture noire sont devenues son emblème. « Mes lunettes, c'est le masque avec lequel j'entre en scène comme les actrices de la comédie ou de la tragédie grecques », explique-t-elle. Elles lui ont servi de protection pour cacher ses émotions et ses craintes.

Même Quincy Jones, avec qui elle a collaboré sur l'album In New York, l'a encouragée à garder ce style unique : « Quand je te vois entrer sur scène, j'ai l'impression que tu t'es trompée de porte, et je t'aime pour ça. Ne change pas ».

Des débuts marqués par le doute

Nana Mouskouri se souvient avec émotion de son premier grand spectacle le 4 juillet 1957. Invitée à chanter sur le porte-avions USS Forrestal près d'Athènes, elle a dû remplacer au dernier moment une chanteuse tombée malade. L'imprésario, la voyant pour la première fois, « a failli s'évanouir » devant son physique jugé peu conventionnel.

Pourtant, lorsqu'elle a commencé à chanter « There's a sad thing, the blues » devant 3 000 marins, la magie a opéré : « J'ai vu 3 000 casquettes s'envoler et des cris de joie ont rempli la nuit ». Cette expérience a transformé sa relation avec son image : « J'ai compris qu'il fallait faire un régime », dit-elle avec humour.

Engagements et combats

Sa carrière a été marquée par des prises de position courageuses. Dans les années 1960, elle a fait la première partie de la tournée d'Harry Belafonte à une époque où le racisme était particulièrement violent aux États-Unis. « On m'insultait parce qu'à l'époque une femme blanche ne pouvait pas poser avec un homme noir », se souvient-elle.

Elle a également remplacé sans hésitation Miriam Makeba, chanteuse sud-africaine engagée contre l'apartheid. Son engagement humanitaire l'a conduite à devenir ambassadrice de bonne volonté pour l'Unicef.

Des rencontres marquantes

Nana Mouskouri évoque avec tendresse ses relations avec d'autres grandes figures artistiques. De son amitié avec Alain Delon, rencontré en 1963 à Megève, à sa profonde affection pour Jane Birkin, qu'elle considérait comme « un membre de sa famille ».

Elle garde également un souvenir ému de Serge Gainsbourg, qui a écrit pour elle Les Yeux pour pleurer alors qu'elle débutait sa carrière.

Une enfance marquée par la guerre

Née en Crète en 1934, Nana Mouskouri a vécu l'occupation nazie puis la guerre civile grecque. « J'avais 7 ans quand les nazis sont venus s'installer en Grèce », raconte-t-elle. Son père était dans la résistance, sa mère se privait pour nourrir ses filles.

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Ces traumatismes ont laissé des traces profondes : « À l'aube de mes 90 ans, je fais encore ce cauchemar de temps en temps », confie-t-elle en évoquant les exécutions publiques dont elle a été témoin.

Une carrière politique et un départ volontaire

Élue députée européenne, Nana Mouskouri a même offert sa retraite d'élue à l'État grec pendant la crise économique. Si elle reconnaît les lacunes de l'Europe actuelle, elle reste fière d'avoir représenté son pays « auprès d'une institution créée pour éradiquer les guerres ».

Son départ de la scène en 2018 fut un choix réfléchi : « J'ai pris la décision de quitter la scène avant qu'elle me quitte », explique-t-elle, évoquant le sort tragique de Maria Callas.

Héritage et transmission

Aujourd'hui, Nana Mouskouri écoute aussi bien les artistes avec qui elle a collaboré (Charles Aznavour, Bob Dylan, Leonard Cohen) que de nouvelles talents comme Mika ou Amy Winehouse. Quand on lui demande de quoi elle est le plus fière, elle répond sans hésiter : « D'avoir gardé foi en la liberté. Sans jamais la trahir. Sans jamais me trahir ».

Son message aux jeunes générations est clair : « Dans les années 1960, la chanson avait une résonance particulière, c'était avant tout un moyen de traduire en mots et en musique ce à quoi on aspirait. Et ce à quoi on aspirait, c'était la liberté ». Un héritage précieux pour cette artiste qui, à 90 ans, continue d'inspirer par son authenticité et son engagement.