Le groupe de metal-punk alternatif Lofofora, qui fête ses trente-six ans de carrière, sera la tête d'affiche du festival Languederock les vendredi 25 et samedi 26 septembre à Zinga Zanga à Béziers. Son leader, Reuno, revendique une colère intacte et un optimisme constant, refusant de devenir un "vieux con" plutôt qu'un "ado attardé".
Une longévité qui impose une remise en question permanente
Lofofora est dans le circuit depuis trente-six ans. Interrogé sur cette longévité, Reuno confie : "Ça fait bizarre. Parce que ça fait beaucoup ! Il n'y a pas finalement tant de groupes que ça qui durent aussi longtemps. Mais je trouve ça aussi cool !" Il explique que plus un groupe dure, plus il doit justifier sa présence : "à chaque disque, il faut vraiment se remettre en question, essayer de proposer des choses inédites".
Le chanteur illustre cette dynamique par un exemple récent : "Ce week-end, par exemple, on a joué pour sans doute pour la dixième fois à Limoges, et il s'est encore passé des trucs nouveaux, c'était cool avec le public, et on ne se lasse pas de ça ; encore moins d'être avec les copains à faire de la musique !"
Refuser le revival et rester dans la spontanéité
Reuno précise sa plus grande crainte : "ma plus grande phobie serait que Lofo' devienne un groupe de reprises de Lofo' !" Il critique certains groupes qui "sortent encore des albums régulièrement mais s'en tiennent en concert à jouer la même set-list depuis, genre, les années 1990". Pour lui, "le rock n'est pas une musique de revival, c'est une musique de spontanéité". Il ajoute : "Je dis qu'on fait du rock parce que, même si on est catalogué metal, punk ou que sais-je, ça reste un dérivé du rock et le rock c'est les deux doigts dans la prise !"
La colère du groupe ne s'est pas émoussée avec les années. Reuno ironise : "Comme le monde est de plus en plus violent, ça s'équilibre parfaitement !" Il raconte une anecdote familiale : "j'ai un grand-père qui est resté très énervé jusqu'au bout. En le voyant comme ça, à 96 ans, râler à en vouloir flinguer le président de la République, j'ai eu une révélation, je me suis dit que j'étais fichu, j'allais jamais me calmer !"
L'engagement et l'espoir au cœur du rock
Reuno assume pleinement son côté "adolescent attardé", titre d'une de ses chansons, et préfère cela à la compromission : "je préfère rester un ado attardé que devenir un vieux con !" Il constate une "espèce de frilosité" dans le milieu, avec "de moins en moins de groupes qui osent la ramener". Il affirme : "sans la question politique, je pense qu'il n'y aurait pas eu de rock, tout simplement !"
Pour lui, cet état d'esprit n'est pas propre au rock : "un berger en haut de sa montagne peut avoir le même état d'esprit, c'est-à-dire ne pas avoir envie de se résigner, ne pas vouloir enterrer l'enfant qu'on a été, vouloir toujours cultiver l'espoir". Il ajoute que sans cela, "on n'aurait pas la patate pour monter sur scène et essayer de refaire le monde à notre manière, à coups de riff !"
Reuno fait un lien entre désespoir et vote populiste : "quand tu es convaincu que la refonte du système, qu'un partage plus équitable, est impossible, tu te dis que, si tu vois d'autres en chier plus que toi, ça va te consoler". Il insiste : "Nous, on n'a pas d'la haine, on a de la colère avec dedans, de l'espoir, toujours un peu !"
L'humour et la scène, moteurs du groupe
Le sens de l'humour est un autre secret de la longévité de Lofofora. Reuno précise : "j'ai toujours veillé à ce qu'on ne joue pas les moralistes parce que, quand tu as des propos impliqués, un peu ancrés dans la réalité, on peut vite te taxer de ça". Il considère que "l'autodérision c'est une bonne manière de rendre ton propos plus efficace !"
La scène reste un plaisir intact pour le chanteur : "c'est là où ça se passe !" Il décrit l'effet produit : "au moment où le son s'allume, où le noir se fait, où tu vois les yeux des gens qui se mettent à briller, je ne sais pas, moi, ça me fait toujours de l'effet. C'est complètement physique, ça produit une espèce d'euphorisant". Il évoque encore le concert de Limoges : "en sortant de scène, on s'est checké, on s'est fait un grand sourire et on s'est dit « Putain, c'était bien ! » Et vendredi, je suis sûr que ça le sera aussi à Béziers !"
Le festival Languederock se tient les vendredi 25 et samedi 26 septembre à Zinga Zanga à Béziers. Lofofora partagera l'affiche avec Tagada Jones. Les informations pratiques sont disponibles sur languederock.com.



