Iggy Pop enflamme l'Auditorium de Bordeaux : récit d'un concert punk historique
Iggy Pop électrise Bordeaux : concert punk mémorable

Dans les archives de Sud Ouest, nous replongeons au cœur d'une soirée exceptionnelle. L'icône américaine du punk, Iggy Pop, était à l'Auditorium de l'Opéra national de Bordeaux pour l'un des derniers concerts de sa tournée « Free ». Sonique, brillant et généreux, il a offert un spectacle inoubliable. Voici le récit publié initialement le jour même.

Une entrée en scène électrique

Parmi les dernières étapes d'une longue tournée française héroïque, l'Auditorium de l'Opéra national de Bordeaux a reçu ce samedi soir la visite d'un Iggy Pop surchauffé. À 20 heures, sagement installé sur les 1 100 sièges de bois dont les billets s'étaient arrachés en un temps record, le public suit, dubitatif et impatient, un film servi en introduction : une sorte de longue bande-annonce d'un documentaire consacré à un fan anglais de l'Iguane.

Enfin, à 20 h 35, le groupe entre en scène. Archet à la main, la guitariste Sarah Lipstate, alias Noveller, colle quelques accords qu'elle envoie tourner en boucles pour une intro atmosphérique et hypnotique, très arty. Et sous les vivats, c'est un Iggy barbu et vêtu d'un élégant blazer sombre qui apparaît enfin.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un récital jazz et cool ? Pas pour longtemps

La promesse d'un récital jazz et cool, employée pour entrer presque par effraction dans quelques opéras nationaux français, n'a pas tenu bien longtemps. Le secret avait été éventé, mais que la foudre électrique vienne frapper si vite et si fort d'entrée de jeu (« Five Foot One », extrait de l'album post-punk « New Values » de 1979) est une surprise, qui galvanise instantanément un auditoire n'attendant qu'une chose : se lever. Et qui bondit hors des rangées dès le riff d'intro de « T.V. Eye ».

Le service d'ordre de l'Opéra, malgré la consigne liminaire enjoignant le public de ne pas quitter sa place pendant le show, a tôt fait de renoncer à contenir le millier de spectateurs électrisés. Iggy Pop, torse nu et parmi les spectateurs dès la troisième chanson.

« I fucking love you ! »

La peau du torse nu de l'Iguane s'offre en spectacle : exempte de tatouage mais couverte des stigmates d'une jeunesse décadente, tannée et creusée en sillon comme celle d'un reptile. Bondissant, vociférant, jurant à l'envi, Iggy exulte, crache même parfois sur une scène qui n'avait sans doute jamais connu salive et transpiration plus acides.

Piocher dans le meilleur de son répertoire impliquait forcément exhumer des pépites de lave punk et rock incandescentes : « Gimme Danger », « I Wanna Be Your Dog », « The Passenger » et ses « la-la-la-la » repris par le millier de chanceux présents, « Lust For Life » pour lequel Iggy se mêle au public debout, dansant le poing en l'air… Tout y est, servi par un groupe rehaussé de deux cuivres énergiques et chauds, qui constitue un véhicule de première classe pour l'indomptable iguane.

Un show intense jusqu'au bout

« I fucking love you », répète-t-il à l'envi, jouissant de ravir ses fans… et sans doute aussi d'écorcher les oreilles des curieux s'étant aventurés sans savoir. Jusqu'au dernier rappel, Iggy Pop a raconté une histoire : la sienne, partie des bas-fonds de Detroit pour se hisser jusqu'aux fastes français, via la ténébreuse Berlin des années 1970 (magnifique reprise du groupe Neu !, enchaînée avec « Nightclubbing »).

Et un incandescent final, un 5e emprunt au mythique répertoire de Stooges, ce groupe de mauvais garçons avec lequel Iggy annonçait le punk dès la fin des années 1960 : « Search and Destroy » arrache tout, surpuissant, envoyé comme on balance un coup de boule. Le point d'orgue tendu et brillant d'un show expédié en 90 minutes chrono sans qu'aucun muscle ne débande jamais. Impressionnant !

Iggy Pop : le parrain du punk à 75 ans

Samedi soir à l'Auditorium de l'Opéra de Bordeaux. À 75 ans, Iggy Pop reste l'indiscutable parrain du punk mondial. Plongez au cœur de nos archives et retrouvez toutes les actualités qui ont marqué la mémoire collective de la région depuis 80 ans.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale