Drag Race France saison 4 : polémiques, audiences et avenir incertain
Drag Race France saison 4 : polémiques et avenir incertain

La saison 4 de « Drag Race France » est lancée ce mercredi à 19 heures sur la plateforme france.tv, avec une diffusion du premier épisode également prévue à 22h45 sur France 2. Très attendue par une audience fidélisée au fil des ans, l'émission est toutefois dans le collimateur des contempteurs du service public, mais aussi, pour des raisons différentes, d'une partie de la communauté LGBT+.

Une commission d'enquête parlementaire

Le 25 février, le programme a été au menu de la commission d'enquête sur la neutralité du service public. Le rapporteur et député (UDI) Charles Alloncle a demandé, selon des propos cités par PureMédias : « Pouvez-vous m'expliquer en quoi cette émission répond véritablement à une mission de service public ? Pourquoi est-ce que nous, les Français, on devrait continuer à payer pour ce type de contenus ? Quand j'ai regardé les audiences, j'ai vraiment l'impression que c'est un flop. » Il a qualifié « Drag Race France » de « téléréalité » et l'a décrite comme « un spectacle de travestis excessivement maquillés et vêtus de manière extravagante », ajoutant être dérangé par des propos tels que « On est woke et on l'assume ».

Jean-François Rubinstein, directeur général d'Endemol France (la société de production), a répondu que l'émission remplit un des objectifs de France Télévisions : développer ses audiences numériques et les rajeunir. « On est sur le programme qui réalise probablement la part d'audience la plus jeune, a-t-il affirmé. On était je crois pour [france.tv] sur une moyenne d'âge de 35 ans ce qui est aujourd'hui assez remarquable et exceptionnel dans le paysage audiovisuel français. »

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Des audiences solides en ligne

L'an passé, l'édition spéciale « all stars » a été bien plus suivie en ligne que sur France 2, où elle était diffusée en troisième partie de soirée. La stratégie de France Télévisions avec ce programme était de trouver son public en « délinéaire ». Mission accomplie : 64 % des visionnages ont été enregistrés sur sa plateforme, avec 3,3 millions de vidéos vues sur la période estivale. Les 15 à 34 ans représentaient 60 % de ce public.

Outre la défiance de Charles Alloncle, France Télévisions fait face aux restrictions budgétaires imposées. Interrogée mi-juin lors de la conférence de presse de la saison 4 sur d'éventuelles inquiétudes pour la pérennité de « Drag Race France », Alexandra Redde-Amiel, directrice des divertissements et jeux, a temporisé : « On est là pour mettre en avant la création, pour raconter toute la création, où qu'elle soit. On a la chance d'avoir des arts en France qui sont extraordinaires, de les montrer et de n'oublier personne. »

Nicky Doll, drag queen et animatrice de l'émission, a saisi l'occasion pour répondre entre les lignes à Charles Alloncle : « Certaines personnes nous qualifient de téléréalité. Dans mon dictionnaire, c'est un talent show. Parce que les queens ont du talent, on raconte leurs vies et elles nous prouvent à quel point elles sont douées. »

Critiques au sein de la communauté LGBT+

Le programme est aussi l'objet de critiques émanant de la communauté LGBT+. « Drag Race France » fédère, permet aux personnes concernées et à leurs alliés de se réunir dans des viewing parties et nourrit de multiples discussions. En conséquence, les attentes et exigences d'une partie du public LGBT+ sont d'autant plus fortes. Il est reproché à cette compétition télévisée d'atténuer la dimension politique du drag, un art issu de la contre-culture, et d'en faire un show mainstream en faisant disparaître sa charge subversive.

La drag queen rennaise Aaron Azure résume dans L'Humanité : « Aujourd'hui, "Drag Race" prend des pincettes par peur de heurter la classe dominante qu'il souhaite attirer. Le tout, en oubliant les concernés et leurs combats. »

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Sur les réseaux sociaux, des polémiques sont apparues à l'annonce de cette nouvelle saison : manque de diversité du casting, performances passées de candidates accusées d'appropriation culturelle, et utilisation de l'intelligence artificielle pour les portraits promotionnels des queens. Le photographe Jean Ranobrac assume y avoir eu recours : « Je suis conscient que les choix esthétiques peuvent heurter les sensibilités dans un milieu aussi créatif que le drag », écrit-il en story sur Instagram. Se qualifiant de « technoprogressiste sur ce point [l'IA] », il répond à ses détracteurs : « Je ne comprends honnêtement pas où vous trouvez le temps et l'énergie de vous plaindre autant. »

Un espace d'expression revendiqué

La production a souligné lors de la présentation de la nouvelle saison que « Drag Race France » est « un espace d'expression où les queens peuvent échanger sur des sujets importants dont on ne parle pas ou peu ou mal à la télévision » et qu'il s'agit « d'une des signatures de l'émission au même titre que les défilés iconiques et les performances spectaculaires ». Raphaël Cioffi a expliqué : « Cette année, on a eu à cœur de créer une safe place où elles peuvent échanger sur des sujets parfois urgents », citant une conversation sur le chemsex ou une autre sur les jeunes LGBT+ mis à la porte par leurs parents.

La journaliste Appoline Bazin, dans son essai « Drag Fever, sous les paillettes, toujours la rage ? » paru au printemps aux éditions Divergences, appelle à l'exigence : « En tant que public, nous devons rester exigeant·es sur les discours qui sont tenus au sein et autour de "Drag Race" sans jamais oublier qu'il s'agit d'une production médiatique […] et n'oublions pas que le drag reste un univers artistique précaire et non institutionnalisé. »

Un avenir incertain

La reconduction de « Drag Race France » pour une cinquième saison est loin d'être garantie. Alexandra Redde-Amiel se limite à dire : « On verra ce que nous réservera l'avenir. » À une période où les drags font l'objet de paniques morales nourrissant l'agenda LGBT-phobe de certains partis, notamment d'extrême droite, sa disparition des écrans serait un signal inquiétant.