Un rapport publié par le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) alerte sur les risques d'uniformisation de la création musicale, poussée par des logiques mercantiles. Selon ce document, les plateformes de streaming et les maisons de disques privilégient de plus en plus les titres à fort potentiel commercial, au détriment de la diversité artistique.
Des algorithmes qui standardisent la musique
Le rapport souligne que les algorithmes de recommandation des plateformes comme Spotify ou Deezer favorisent les chansons aux structures simples et répétitives, maximisant l'engagement des auditeurs. Cette tendance pousse les artistes à adapter leur création pour répondre à ces critères, réduisant ainsi la variété des styles et des expressions musicales.
Selon une étude citée dans le rapport, 80 % des titres les plus écoutés en 2026 partagent des caractéristiques similaires : tempo rapide, durée courte (moins de 3 minutes) et refrain accrocheur. Cette standardisation inquiète les professionnels du secteur, qui y voient une menace pour la richesse culturelle.
Des conséquences économiques et culturelles
Les logiques mercantiles ne concernent pas seulement les plateformes, mais aussi les labels, qui investissent massivement dans des artistes susceptibles de générer des revenus rapides. Les contrats d'enregistrement imposent souvent des clauses restrictives, limitant la liberté créative des musiciens.
"La musique devient un produit standardisé, comme le fast-food", déplore Jean-Michel Jarre, musicien et membre du CSPLA. "On perd la diversité des sons, des rythmes, des langues. C'est un appauvrissement culturel grave."
Le rapport estime que cette uniformisation pourrait entraîner une baisse de 15 % des ventes de musique enregistrée d'ici 2030, car les consommateurs se lassent d'une offre trop homogène.
Des pistes pour préserver la diversité
Face à ce constat, le CSPLA propose plusieurs mesures. Il recommande notamment d'obliger les plateformes à diversifier leurs algorithmes de recommandation, en intégrant des critères de variété stylistique et de découverte. Une autre piste consiste à créer un fonds de soutien à la création musicale innovante, alimenté par une taxe sur les revenus des plateformes.
Le rapport préconise également de renforcer l'éducation musicale à l'école, pour former des auditeurs plus exigeants et ouverts à la diversité. "Il faut réapprendre à écouter", insiste Jean-Michel Jarre. "La musique n'est pas qu'un fond sonore, c'est une expression culturelle essentielle."
Ces propositions seront examinées par le ministère de la Culture dans les prochains mois. Le ministre, Rachida Dati, a salué un rapport "riche en analyses et en solutions", tout en rappelant la nécessité de concilier économie et culture.



