Un nouveau coup porté à la liberté artistique en Turquie
La scène musicale turque subit une nouvelle restriction significative. Mardi, un district d'Istanbul a officiellement annulé les concerts de deux groupes de métal internationalement reconnus, suite à des accusations de « satanisme » proférées par des mouvements islamistes. Cette décision administrative intervient dans un contexte de tensions récurrentes autour des expressions culturelles dans le pays.
Les groupes visés et la justification officielle
Le gouvernorat de Besiktas, quartier central et populaire d'Istanbul, a pris la mesure d'annuler les performances prévues du groupe russe Slaughter to Prevail et du groupe polonais Behemoth. Dans sa communication, l'autorité a invoqué « une incompatibilité avec nos valeurs sociétales » comme motif principal. Elle a également souligné que « ces événements ont provoqué une vive réaction de la part de nombreux segments de la société », sans toutefois fournir de détails supplémentaires sur la nature de ces réactions.
Une campagne médiatique à l'origine de la décision
La décision fait suite à une campagne active sur les réseaux sociaux, largement relayée par le journal Yeni Akit, connu pour sa proximité avec le parti islamo-conservateur AKP du président Recep Tayyip Erdogan. Sous un titre incendiaire, « Les enfants satanistes du diable arrivent à Istanbul », le quotidien a affirmé, sans preuve substantielle, que les deux groupes avaient été « interdits et expulsés de Russie et de Pologne pour avoir diffusé de la propagande satanique et empoisonné l'esprit des jeunes ». Yeni Akit a explicitement réclamé l'interdiction des concerts, accusant les formations de « promouvoir le satanisme à travers des écrits et des visuels représentant le diable ».
Conséquences immédiates et réactions
Outre l'annulation pure et simple, la salle du Zorlu Center, qui devait accueillir les événements, se voit interdire « tous types de concerts, festivals, groupes et programmes payants pendant deux jours, les 10 et 11 février jusqu'à 23h59 ». Cette sanction administrative a provoqué un vif débat en ligne en Turquie, de nombreux internautes dénonçant une atteinte aux libertés fondamentales.
En réaction, le chanteur « Alex Terrible », du groupe Slaughter to Prevail, a pris la parole sur Instagram. Dans une déclaration vidéo en anglais et en russe, sous-titrée en turc, il a dénoncé « un groupe d'islamistes (qui) a fait pression sur le gouvernement en affirmant que nous faisons de la propagande satanique ». Il a catégoriquement nié ces allégations, affirmant : « C'est absolument faux. Je crois en Dieu ». Constatant son impuissance face à la décision des autorités turques, il a ajouté avec amertume : « Mais nous sommes ici des invités et ne pouvons rien faire contre le gouvernement turc. C'est une situation très triste ».
Cet incident s'inscrit dans une série de mesures récentes visant à réguler la vie culturelle en Turquie, soulevant des questions persistantes sur l'équilibre entre valeurs conservatrices et liberté d'expression artistique.



