Paris Police 1910 : la Belle Époque sombre sous l'emprise de la presse
Paris Police 1910 : une Belle Époque sous l'emprise de la presse

Paris, affaire Steinheil, 1908. Dans cette troisième saison de Paris Police, diffusée sur Canal+, le créateur de la série, Fabien Nury, dresse une Belle Époque plus sombre que jamais. Le ton est donné dès les premières minutes du premier épisode : dans une maison plongée dans l'obscurité, un domestique découvre Marguerite Steinheil ligotée, à moitié nue, sur son lit. Son mari, le peintre Adolphe Steinheil, ainsi que sa mère, sont retrouvés morts.

La presse comme personnage à part entière

Le double meurtre de l'affaire Steinheil s'impose dans l'espace public et alimente une couverture médiatique massive. Cette saison s'inscrit dans un contexte où la circulation des récits et leur mise en forme prennent une place centrale. Après un premier volet consacré aux tensions politiques et une deuxième saison centrée sur la morale et la police des mœurs, cette dernière partie s'attache à un autre levier d'influence : celui de la presse. « Je trouve que c'est la saison la plus noire, en même temps beaucoup d'humour, un humour particulier », introduit Jérémie Laheurte, qui incarne Antoine Jouin, lors d'un entretien à la 9e édition de CanneSeries, où la série était projetée en avant-première.

« La diplomatie n'excuse pas le lecteur... La guerre oui, la diplomatie non. » La réplique de La Bruyère, interprété par Micha Lescot, donne le ton dès le début. Dans cette troisième saison, Paris Police fait de la presse un personnage central, presque aussi puissant que ses protagonistes. L'affaire Steinheil devient un véritable feuilleton médiatique, disséqué, amplifié, transformé par des journaux en quête de lecteurs. « À un moment, ce n'est plus la vérité qui compte. Ce qui compte, c'est qui va réussir à monter l'histoire la plus sensationnelle », explique Jérémie Laheurte. Une mécanique qui trouve un écho avec le monde actuel. « Cela s'est toujours inscrit dans le travail de Fabien, poursuit l'acteur. Ce n'est plus la vérité qui compte, c'était le nombre de parutions. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une reconstitution historique qui s'appuie sur le réel

Si Paris Police 1910 prend la forme d'un thriller, la série continue de s'ancrer dans une réalité historique documentée. Comme dans les deux premières saisons, Fabien Nury mêle faits réels et fiction, jusqu'à reprendre certains propos directement issus d'archives. « Les discours les plus durs. Des fois j'avais l'impression que Fabien était allé un peu trop loin, mais non, c'étaient des vrais discours d'époque », souligne Jérémie Laheurte. Au cœur du récit, le procès devient un révélateur des normes de la Belle Époque et du traitement accordé aux femmes : « On se rend compte qu'elle va être jugée d'une manière très particulière... en tant que femme. Même si c'est vrai qu'elle n'est pas toute blanche dans l'histoire non plus », explique l'acteur.

« Le crime paie aussi »

Fil conducteur depuis la première saison, Antoine Jouin arrive ici à un point de bascule. Le jeune inspecteur idéaliste des débuts laisse place à un homme marqué, usé par les affaires et par le système dans lequel il évolue. « Au début, Jouin est animé par la justice et il se rend compte qu'il est dans un système complètement déréglé », explique Jérémie Laheurte. Dans cette dernière saison, il ne s'agit plus seulement de résoudre une enquête, mais de survivre dans un environnement où les règles ont changé. « Il se rend compte que, malheureusement, le crime paie aussi », poursuit-il. Cette évolution se lit aussi dans son corps. « Il s'est épuisé, il a traversé des drames... il y a une fatigue mentale qui s'installe, puis ça devient physique. » Devenu commissaire, Jouin doit composer avec des compromis et des choix de plus en plus ambigus, dans une hiérarchie elle-même trouble.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« On ne se rend pas compte qu'on ne va pas se retrouver l'année prochaine »

« Ça fait presque dix ans qu'on se connaît, qu'on a l'habitude de travailler ensemble », rappelle l'acteur. Une continuité qui donne à cette dernière saison une portée particulière, renforcée lors des premières projections. « De voir la série sur un écran comme celui de Cannes, c'était vraiment autre chose... c'était un peu la consécration », explique-t-il. Avant d'ajouter : « On est ressortis très fiers et en même temps très mélancoliques. » Avec Paris Police 1910, la série referme une trajectoire entamée il y a quatre ans. Un projet pensé comme une trilogie, avec trois temporalités (1900, 1905, 1910) et une progression qui suit à la fois l'évolution d'une époque et celle de ses personnages. Pour Jérémie Laheurte, cette fin ne s'impose pas comme une surprise, mais comme un aboutissement. Une fin qui s'inscrit aussi dans une volonté narrative précise. Fabien Nury choisit de refermer son récit sans l'étirer : « Les actions vont avoir des conséquences », résume l'interprète de Jouin.

Mais avant de refermer définitivement le chapitre Paris Police, les téléspectateurs pourront replonger une dernière fois dans le Paris sombre créé par Fabien Nury. Les deux premiers épisodes seront diffusés ce lundi 27 avril, avant une mise en ligne hebdomadaire des quatre suivants.