"Mille voisins" : plongée dans une tour de Babel parisienne
"Mille voisins" : une tour de Babel parisienne

Depuis vingt ans, Stéphane Milon habite une tour de 30 étages dans le 19e arrondissement de Paris. Construit dans les années 1970, le bâtiment domine fièrement le canal de l'Ourcq avec ses 240 appartements dupliqués à l'identique – sauf ceux du 9e étage auxquels l'architecte a mystérieusement attribué un balcon. Avec ses mille voisins vivant sous le même toit, il constitue un véritable village vertical en même temps qu'une tour de Babel.

Dix-huit ans après y avoir tourné ses premières images pour un clip, le réalisateur reprend sa caméra pour vérifier « où en est ce joyeux et fragile équilibre ». Arly, le régisseur de la copropriété, se révèle un passeur idéal. Il connaît tout le monde et ouvre toutes les portes, au sens propre comme au figuré. Or, derrière chacune se cache une histoire : Masao, peintre japonais, a visité 70 appartements avant de s'installer dans l'immeuble – son rêve – et immortalise chaque jour la même vue panoramique sur Paris ; Angélique, docteure en biologie, a dû revenir vivre chez son père, faute de moyens ; Eva, qui résidait sur une île du Pacifique, n'aurait jamais imaginé habiter si haut avant de tomber amoureuse d'un Parisien.

Et puis il y a Philippe, heureux propriétaire d'un dernier étage, qui observe les faucons nichant sur le toit ; Michel, musicien, qui donne des cours de clarinette à domicile, quitte à fâcher ses voisins ; ou Laurent et Christian, enfants de la tour, dont les parents cambodgiens ont fui la dictature, et qui sont les seuls membres de la communauté asiatique – 30 % des habitants – à accepter de parler face caméra.

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Le film aurait pu n'être qu'une sympathique galerie de portraits. Mais en montrant les assemblées générales de copropriétaires et les échanges du groupe WhatsApp de voisins, gazette où s'échangent bons plans, alertes et avis politiques, Stéphane Milon fait surgir un microcosme politique saisissant. Deux visions du monde s'y affrontent parfois mais ce qui frappe, c'est la fluidité de cette cohabitation. Aux dernières législatives, le vote RN y était quatre fois inférieur à la moyenne nationale. La question se pose en creux : et si la diversité, quand elle est réalité plutôt que fantasme, rendait simplement les gens moins fermés ? Un film bien plus politique qu'il n'y paraît.

Diffusion : lundi 4 mai à 20h40 sur LCP. Documentaire de Stéphane Milon (2026), 52 minutes. Disponible à la demande sur le site de LCP.

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