Jimmy Lai, magnat de presse hongkongais, condamné à vingt ans de prison par Pékin
Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison par Pékin

Le destin tragique d'un magnat de presse hongkongais

Les parcours des patrons de presse sont profondément marqués par leurs choix personnels et politiques. Jimmy Lai, après avoir bâti sa fortune dans le secteur de la confection, a fondé à Hongkong le tabloïd turbulent Apple Daily en 1995, soit deux années avant la rétrocession officielle de la colonie britannique à la Chine en 1997. Refusant catégoriquement de voir la démocratie hongkongaise s'éteindre dans l'indifférence, cet homme d'affaires a transformé son journal en un puissant porte-voix de la résistance.

Une résistance face à l'étau de Pékin

Au fil des années, Apple Daily a rythmé ses publications au gré des révoltes populaires, suscitées par les multiples tours de vis successifs imposés par Pékin. Ces mesures répressives ont fini par étrangler économiquement et politiquement le journal, conduisant à sa disparition. Pour Jimmy Lai, le prix de son opposition farouche au rouleau compresseur chinois a été extrêmement lourd. À 78 ans, il croupit derrière les barreaux depuis 2020, et sa condamnation, confirmée lundi 9 février, à vingt ans d'emprisonnement pour collusion avec l'étranger et publication séditieuse, équivaut pratiquement à une peine de mort.

Cette sentence sévère symbolise le coût exorbitant de la dissidence face au pouvoir central chinois, qui a laminé l'engagement pris en 1984 de préserver pendant cinquante ans le « mode de vie » et les libertés en vigueur à Hongkong. L'ancien vice-président américain Mike Pence a vivement réagi à cette condamnation, la qualifiant de « parodie de justice » qui bafoue l'État de droit, et a exigé la libération immédiate de Jimmy Lai.

Des réactions politiques contrastées

En 2018, lors d'une intervention à l'Hudson Institute, un cercle de réflexion conservateur de Washington, Mike Pence avait formulé une critique acerbe de Pékin, bien différente de la ligne adoptée par Donald Trump. Ce dernier évitait soigneusement de remettre en question le fonctionnement des régimes autoritaires. Mike Pence avait alors dénoncé « un État de surveillance inégalé, qui ne cesse de grossir et de devenir plus intrusif », qualifiant le régime chinois de « système orwellien » visant à contrôler « la moindre facette de l'activité humaine ».

En revanche, le successeur de Mike Pence aux côtés de Donald Trump, J. D. Vance, lorsqu'il évoque le recul de la liberté d'expression, ne pense manifestement pas à Jimmy Lai, mais plutôt aux pays européens. Il n'a d'ailleurs publié aucun commentaire dans les heures suivant l'annonce de la sentence à Hongkong, illustrant peut-être une forme de sélectivité dans les préoccupations politiques internationales.

Le cas de Jimmy Lai reste ainsi un symbole poignant de la lutte pour les libertés fondamentales à Hongkong et des conséquences dramatiques de l'opposition au pouvoir de Pékin. Son emprisonnement soulève des questions cruciales sur l'avenir de la liberté d'expression et de la démocratie dans la région, dans un contexte de répression grandissante.