Eugénie Bastié à l'Heure de vérité : une victoire pour le pluralisme ?
Eugénie Bastié à l'Heure de vérité : pluralisme ou polémique ?

Comment ont-ils pu commettre pareille bévue ? Comment les journalistes de France 2 n’ont-ils pas sauté sur l’occasion pour féliciter et applaudir chaleureusement leur direction d’avoir embauché Eugénie Bastié, égérie journalistique de la droite conservatrice de notre pays ? On se frotte les yeux devant tant de balourdise.

Une entrée remarquée dans le paysage audiovisuel public

Eugénie Bastié entrant en grande pompe dans l’émission culte des années 1980 L’Heure de vérité, pour la campagne électorale de 2027. Quelle aubaine pour les partisans du pluralisme sur les chaînes publiques ! Quel pied de nez aux boursouflures plus que tendancieuses du rapport Alloncle sur la réforme de notre système audiovisuel qui, indéniablement, a besoin d’un sacré dépoussiérage, à l’heure de la multiplication des chaînes privées, de la prolifération incontrôlée des réseaux sociaux, véritable tsunami bouleversant tous les équilibres du monde médiatique.

L’information, une opinion

Ainsi donc, selon les bien-pensants de France 2, Eugénie Bastié serait une grenouille de bénitier, la figure de proue d’une cinquième colonne d’extrême droite grignotant du temps d’antenne au cœur même de la machine française du prêt-à-penser et à-regarder ? Pour défendre leur position, ces censeurs inquiets prétendent que « l’information n’est pas une opinion ». Comment, en 2026, peut-on encore défendre une telle supercherie, pour ne pas dire une telle ânerie ? De quel piédestal parlent donc ces hérauts d’un pluralisme à géométrie variable ?

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

N’importe quel journaliste, allez, osons le mot, honnête, sait bien que la neutralité absolue n’existe pas, que la simple décision de publier une information, ou de ne pas la publier, est déjà un choix politique, bien loin de la neutralité dans laquelle semblent se complaire nos procureurs du petit écran.

Dans chaque entretien que nous effectuons, les questions posées ne sont jamais neutres. Nous pratiquons le tri des sujets à longueur de temps, quelles que soient nos idées politiques. Il faut donc en finir avec cette doxa des Tartuffe de la neutralité. L’information est une opinion !

Entrer dans le grand jeu démocratique

Eugénie Bastié est une journaliste politique engagée et n’a jamais caché ses idées. On a le droit de ne pas les partager, voire de les combattre férocement, mais pour quelle raison devrions-nous donc la faire taire sur les antennes du service public ? Au-delà du fait que ses interventions sont souvent proches du Rassemblement national, mais pas que, il faut au contraire qu’elle entre dans la danse, celle du grand jeu démocratique. Ne pas en faire une paria, une pestiférée, une victime des grands prêtres qui se gargarisent du mot « objectivité », mais qui, chaque jour, font des choix journalistiques qui nous rappellent que cette objectivité n’est qu’un mirage, un attrape-couillon.

Certes, la journaliste est elle-même devenue une grande prêtresse de la galaxie Bolloré, omniprésente sur les antennes de CNews, Europe 1 ainsi que dans les pages du JDD, mais aussi dans celles du Figaro. Raison de plus pour ne pas accepter cette guerre des tranchées idéologiques que le groupe du milliardaire breton tente d’imposer dans le champ politique.

Pour paraphraser l’intellectuel marxiste Antonio Gramsci et son désormais célèbre concept des AIE, les « appareils idéologiques d’État », qui défend l’idée qu’on n’atteint le pouvoir qu’en gagnant la bataille des idées et les forteresses culturelles, on ne parvient pas à ses fins en ostracisant l’autre, en le diabolisant, en pratiquant une forme de chasse aux sorcières qui ne dit pas son nom. On n’invisibilise pas. On combat avec la force de ses convictions, à ciel ouvert, sans le paravent hypocrite de la neutralité.

Alors, s’il vous plaît, Madame Bastié, n’écoutez pas le politburo de l’information, ne désertez pas de L’Heure de vérité, ne devenez pas sainte Blandine. Bien que je ne partage pas vos opinions, je subodore que les futurs candidats et candidates à l’élection présidentielle sauront faire face à vos questions « orientées ». Pas tous, bien sûr. Mais n’est-ce pas justement cela, le pluralisme ?

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale