Dans le cadre de notre série « Dans le Paris de… », l’écrivain et réalisateur David Foenkinos nous confie sa relation intime avec la capitale. Pour lui, Paris est une ville paradoxale, « extrêmement douce en même temps qu’agressive », un lieu de contrastes qui ne laisse jamais indifférent.
Un ancrage parisien depuis l’enfance
Né dans le Xe arrondissement, David Foenkinos a grandi en banlieue, à Villejuif, mais a toujours été lié à Paris par ses études au lycée Buffon dans le XVe. « Enfant, j’avais l’impression que c’était un autre monde », se souvient-il. « Quand on vit en banlieue, ce n’est pas le même rythme, on ne croise pas les mêmes personnes. J’adorais avoir accès aux deux. »
Cette dualité l’a marqué : « À Villejuif, nous vivions dans un HLM et j’étais au lycée avec des enfants dont les parents venaient d’un milieu social très différent. Paris est quand même assez bourgeoise dans son accessibilité. » Ce n’est que plus tard qu’il a vraiment apprécié la beauté et la puissance de la ville.
Des quartiers qui racontent une histoire
Son premier appartement était dans le XIIIe, face à la BNF, un lieu qu’il adorait. « J’ai vu le quartier se construire, se transformer autour de moi. J’y ai vécu plus de dix ans, c’est là que mon fils est né. » Aujourd’hui, il vit dans le XVIIe, un arrondissement qu’il a découvert après 40 ans. « J’habite juste à côté de là où vivaient Michel Berger et France Gall. C’est aussi ça Paris, une histoire artistique exceptionnelle. »
Il aime observer les plaques commémoratives sur les immeubles : « Se dire que Debussy, Sagan ou Pagnol ont vécu tout près de chez moi, c’est fou ! » Sa fille a fréquenté la crèche François-Truffaut, son idole. « Paris, c’est aussi beaucoup les écrivains : Modiano a vécu rue Daubigny, Kundera et Gary dans le VIIe… »
Un amour viscéral et paradoxal
Pour Foenkinos, Paris est comme une relation amoureuse compliquée : « Je ne pourrai pas quitter Paris ou alors peut-être un peu plus tard. Je suis toujours content de quitter la ville, mais assez rapidement Paris me manque, j’en ai un besoin absolu, viscéral. »
Il décrit un rapport esthétique à la ville, fasciné par son atmosphère pleine de caractère et d’énergie. « Paris est un paradoxe, elle est extrêmement douce en même temps qu’agressive. On traverse des émotions contradictoires en parcourant la ville. Paris n’est jamais neutre, on adore ou on déteste. C’est passionnel, vivant mais jamais apaisé. Elle est chiante mais sympa, “attachiante” comme on peut dire de certaines personnes. »
Les transformations et les plaisirs parisiens
Il salue les efforts d’Anne Hidalgo pour le vélo, qu’il a repris, mais regrette le manque d’espaces verts. « Je fréquente le parc Monceau, le parc Martin-Luther-King, le parc de Bercy, mais il n’y a pas de grand poumon vert au cœur de la ville comme à Londres ou New York. »
Avec ses enfants, il a découvert la chasse aux « Invaders », ces mosaïques colorées disséminées dans Paris. « Leur “chasse” a été un grand bouleversement dans le rapport à la ville avec ma fille. On a marché dans toute la ville pour les “flasher”, je le conseille à tous les parents. »
Côté sorties, il apprécie la possibilité d’aller au cinéma dès 9 heures du matin, « magique » selon lui. Il fréquente le Pathé Wepler, le MK2 bibliothèque ou les Halles. Pour son dernier livre « Je suis drôle », il s’est immergé dans l’univers des comedy clubs, notamment le Joke rue Quincampoix. Il aime aussi les librairies, comme le Divan, Au bonheur des livres, la Bicyclette bleue, la librairie Valentin ou Maruani.
En somme, David Foenkinos entretient avec Paris une relation passionnelle, faite de contradictions et d’attachement indéfectible. Une ville qui, selon lui, ne laisse personne indifférent.



