CNews rouvre le canal de désinformation prorusse en engageant une ex-RT
Entendons-nous bien. CNews est libre – comme LCI, L’Humanité ou Le Point – de diffuser les opinions que ses responsables souhaitent défendre. C’est un droit, cela s’appelle la liberté de la presse, d’expression ou de pensée. Amen.
Mais voilà, je me dis que, quitte à avoir une chaîne qui tient le rôle de haut-parleur de la droite dure ou extrême – qui, rappelons-le, ont fait de la souveraineté nationale, de « la France et les Français d’abord » leur credo –, on aurait pu imaginer naïvement qu’elle soit un minimum sensible à l’intérêt national. Ou, à défaut, qu’elle répugne à relayer les mensonges d’un autocrate qui bombarde des civils à trois heures d’avion de Paris et dont la haine de la démocratie, de l’Occident, de l’Europe – et de la France en particulier – n’est plus à démontrer.
Culot monstre
Eh bien, pas du tout, rien n’y fait. Quatre ans après que l’Union européenne a interdit la diffusion de la chaîne de télévision Russia Today pour propagande de guerre au service du Kremlin, CNews rouvre tranquillement le canal de désinformation prorusse en recrutant comme chroniqueuse son ancienne présidente, Xenia Fedorova. Et, oh surprise, elle a repris son travail de sape exactement là où elle l’avait laissé.
Rien n’a changé et, de manière assez prévisible – après quatre ans de guerre et près de 500 000 morts – Fedorova continue de repeindre l’invasion de l’Ukraine en « opération spéciale ne concernant que le Donbass », avec le doigté et la finesse d’un apparatchik de l’ère stalinienne. À deux doigts de s’étonner du nombre de villes ukrainiennes ayant eu l’outrecuidance de se jeter sous les bombes russes ! Elle est désarmante de culot.
C’est d’ailleurs tout ce qu’elle souhaite – désarmer idéologiquement l’Europe et la France, en diffusant l’idée que Poutine n’a fait que répondre aux provocations de l’Otan et que la responsabilité de la poursuite de la guerre incombe aujourd’hui à l’Europe. Et, visiblement, personne, au sein de CNews, ne s’interroge sur l’opportunité de diffuser ce gloubi poutiniste moins d’un an avant la présidentielle française.
Une échéance dont on sait déjà qu’elle fera l’objet de toutes les ingérences dont les Russes sont capables pour favoriser le développement des idées souverainistes et anti-européennes, qu’elles soient portées par La France insoumise ou par le Rassemblement national.
Et tout cela se fait au nom du pluralisme des opinions et de la joie transgressive d’accueillir une « alternative à la doxa des médias mainstream forcément à la solde de la pensée unique » ! Un choix aussi suicidaire que celui d’un dissident russe se versant lui-même du polonium dans sa tasse de thé.
Paradoxe
Celle qui est le plus souvent présentée comme « journaliste » – sans aucune précision sur son rôle ni son engagement au service du Kremlin – ne semble pas émouvoir les souverainistes qui s’agitent sur les plateaux de CNews pour hurler contre les influences étrangères, contre les « élites mondialisées », contre le péril qui viendrait de partout sauf, manifestement, de Moscou.
C’est peut-être là le paradoxe de la droite dure et de l’extrême droite, qui considèrent que la France est menacée par tous les fléaux de la Terre, sauf par celui qui organise et multiplie les ingérences dans notre démocratie et se réarme à tour de bras en vue d’une confrontation possible avec l’Europe.
Un paradoxe qui ne peut s’expliquer que par une seule hypothèse. Celle dans laquelle les responsables de CNews considèrent l’ingérence de Poutine en France comme compatible avec l’idée qu’ils se font de la souveraineté nationale. C’est navrant, mais c’est le choix de CNews.



