Yanick Lahens remporte le Grand Prix du roman de l'Académie française
Yanick Lahens sacrée par l'Académie française

La romancière haïtienne Yanick Lahens vient de remporter le Grand Prix du roman de l'Académie française, à une voix près. Cette distinction s'ajoute à celle de Louis-Philippe Dalembert, qui avait reçu le prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco 2025 pour l'ensemble de son œuvre. Quelques jours avant cette annonce, Yanick Lahens dédicaçait encore son livre à la librairie Pléaïde de Port-au-Prince. Une nouvelle réjouissante pour Haïti, durement éprouvé par le passage de l'ouragan Melissa, notamment à Petit-Goâve, berceau de l'écrivain Dany Laferrière.

Un roman polyphonique sur les femmes et la mémoire

Dans Passagères de nuit, Yanick Lahens rend hommage à ses ancêtres, Régina et Élizabeth, deux femmes exceptionnellement libres dont elle a reconstitué les destins à partir de bribes. Élizabeth, mulâtresse née en 1818 à La Nouvelle-Orléans, grandit dans un creuset où se mêlent familles créoles aristocratiques, réfugiés de Saint-Domingue, esclaves, affranchis, Amérindiens et Américains venus du Nord. Sa grand-mère Florette, « négresse d'ébène pur », lui raconte l'esclavage et son arrivée à La Nouvelle-Orléans en 1803, après avoir été affranchie par son ancien maître. Florette lui transmet une leçon de vie : « parce que tu demeures le seul maître de ta joie. Toujours, ma fille ! »

À travers ces voix insoumises, l'autrice explore les armes de la résistance : le silence, la dissimulation, la patience, et parfois le coup de poignard, comme celui qu'Élizabeth donne à son agresseur. Menacée, elle est envoyée à Port-au-Prince en janvier 1842. Dans ce nouveau décor, c'est Régina qui prend la parole. Au soir de sa vie, elle s'adresse à son grand amour, le général Corvaseau, et se remémore son parcours : petite paysanne haïtienne devenue domestique d'une bourgeoise noire qu'elle finira par fuir.

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Un portrait de la vaillance féminine

Cette galerie de portraits féminins, incluant Man Joe, « qui était bonne sans autre justification que la bonté elle-même », incarne l'expression créole haïtienne « Kenbe la », qui signifie « reste debout ». Dans le contexte actuel d'Haïti, Yanick Lahens semble puiser dans sa lignée familiale la force de tenir bon. Certaines phrases de ses héroïnes résonnent avec sa propre vie : « à force d'insurrections, de tremblements de terre et d'incendies, on se fait à l'idée d'une vie qui se vit aux abords de la mort. L'intensité des journées, la joie intacte des cœurs ». Et à propos d'Haïti : « Il y a dans cette île une chose qui n'est pas encore dite. » La littérature s'en approche, pour éclairer ce « quelque chose à la fois de grandiose et d'inachevé ».

Passagères de nuit, de Yanick Lahens, Sabine Wespieser éditeur, 232 pages, 20 €.

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