Trois livres jeunesse sur les villes, miroirs de nos sociétés
Trois livres jeunesse sur les villes, miroirs de nos sociétés

Chaque semaine, « Sud Ouest » vous propose une sélection de livres jeunesse parmi les dernières parutions. Ce mardi, la ville est à l’honneur : réelle ou imaginaire, du passé à aujourd’hui, que raconte-t-elle de nos sociétés, de nos histoires et de nos destins ?

Pour les petits : « Je suis une ville »

Il existe des villes tordues, des villes sous-marines, des villes divisées, éphémères ou disparues… Dans ce grand album à l’aquarelle, douze cités imaginaires prennent la parole pour raconter ce qu’elles sont et ce que leurs habitants ont fait d’elles. Quel plaisir de se perdre dans les illustrations fourmillant de détails ! Mais derrière la fantaisie, le livre interroge aussi ce que les villes disent de nous : notre rapport à la nature, à l’environnement, au vivre-ensemble, à la solitude, au progrès… Certaines cités font rêver, d’autres inquiètent. Toutes deviennent des miroirs de nos désirs et de nos peurs collectives.

Avec finesse et poésie, Xabi Molia propose aux jeunes lecteurs une petite leçon de philosophie urbaine. Un album contemplatif et intelligent, qui invite autant à observer le monde qu’à imaginer celui dans lequel on aimerait vivre.

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Pourquoi on aime ? Pour l’angle d’approche original, qui questionnera petits et grands. Pour les petites histoires nichées aux quatre coins des illustrations d’Élise Peyrache. Pour le sens du détail et de l’émotion, palpable dans le texte comme dans les dessins. « Je suis une ville », Xabi Molia et Élise Peyrache, Éditions La Martinière Jeunesse, 32 pages, 16 euros. À partir de 5 ans.

Pour les moyens : « Rue des quatre-vents »

Dans la rue des Quatre-Vents, les habitants arrivent, partent, grandissent, vieillissent. Une famille espagnole fuit le franquisme, des ouvriers algériens s’installent, des enfants naissent, des commerces changent de main. D’une fenêtre à l’autre, d’une génération à l’autre, le livre raconte et dessine sur plusieurs décennies l’évolution d’une rue française traversée par les migrations, les bouleversements historiques et la transformation de la société.

Ici, point d’intrigue unique mais un récit choral ambitieux, où les petites histoires font la grande et rappellent combien les déplacements de population ont toujours façonné notre pays. Une approche engagée mais sans angélisme, qui montre aussi les tensions, la xénophobie, les difficultés à trouver sa place, d’où que l’on vienne. Entre fresque historique et réflexion sur le vivre ensemble, les nombreux points d’entrée en font un livre précieux à feuilleter et à partager en famille ou à l’école.

Pourquoi on aime ? Pour la quantité de détails historiques à découvrir dans chaque planche de l’illustratrice franco-togolaise Magali Attiogbé. Pour le récit dense et documenté de Jessie Magana, déjà autrice de nombreux livres jeunesse engagés. Pour l’ode à la diversité et la réflexion sur ce qui construit une identité commune. Pour la prise de hauteur sur notre époque, à la vue de toutes les précédentes. « Rue des Quatre-Vents - Au fil des migrations », Jessie Magana et Magali Attiogbé, Les Éditions des Éléphants, 36 pages, 18,50 euros. À partir de 8 ans.

Pour les moyens : « 7, rue Mirabelle »

Un matin de l’an 1841, dans le Paris de Victor Hugo, un bébé abandonné est découvert au pied d’une statue, dans la petite rue commerçante Mirabelle. Refusant de confier l’enfant à l’orphelinat, les habitants prennent une décision aussi généreuse qu’improbable : boulanger, boucher, pharmacien, mercière ou encore poissonnier… chacun accueillera la petite fille pendant un an. Seul le mystérieux Alcide, vieux libraire à la réputation de sorcier, reste à l’écart…

Avec cette nouvelle série, Vincent Cuvellier confirme son talent de conteur. Déjà connu pour les albums « Émile » et récompensé en 2025 par le Trophée spécial de l’auteur jeunesse de Livres Hebdo, l’écrivain signe ici un roman bouillonnant, porté par une écriture fluide, imagée et remarquablement rythmée.

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Car si la petite Mirabelle donne au récit son impulsion et sa portée jeunesse, le véritable sujet de ce premier tome est bien la rue elle-même, sa communauté, ses tensions, ses solidarités inattendues et son quotidien impétueux. À travers les commerçants du quartier, leurs secrets, leurs disputes et leurs arrangements, les petits lecteurs découvriront le quotidien de la France du XIXe siècle, à la fois contemporaine de la Révolution et de la Commune, dans toute sa brutalité mais aussi son sens de la solidarité. Un joyeux mélange d’histoire collective et d’épopée singulière, qui se referme avec son lot de mystères non résolus et appelle une suite, irrémédiablement.

Pourquoi on aime ? Pour l’immersion totale et immédiate dans le Paris des années 1840. Pour les dessins espiègles de François Maumont qui donnent vie à la galerie de personnages de la rue Mirabelle. Pour l’équilibre entre une intrigue dense et brute et la légèreté de ton toujours maîtrisée. Pour la touche de suspense portée par l’énigmatique Alcide, qui tient en haleine jusqu’à la dernière page et au-delà… « 7, rue Mirabelle », Vincent Cuvellier et François Maumont, Gallimard Jeunesse Giboulées, 256 pages, 15,90 euros. À partir de 10 ans.