Eric-Emmanuel Schmitt plonge dans la relation tumultueuse entre Mozart et son père
Le romancier et dramaturge Eric-Emmanuel Schmitt signe un ouvrage captivant, Juste après Dieu, il y a papa, publié chez Albin Michel. Ce livre de 208 pages, au prix de 19,90 euros, explore avec finesse la dynamique entre Wolfgang Amadeus Mozart et son père Léopold, loin des clichés habituels.
Un angle inédit sur la paternité et la transmission
Schmitt, déjà connu pour son attachement à Mozart, aborde ici un thème universel : la relation père-fils. Il explique que son propre parcours de père, depuis deux ans, a influencé cette réflexion, lui permettant de saisir les complexités et angles morts de ce lien. "Je rêvais d'écrire sur cette relation depuis longtemps, mais Mozart m'a offert la distance nécessaire pour atteindre l'universel", confie-t-il.
L'auteur insiste sur le fait que Mozart, en tant que génie, fut d'abord un projet conjoint du père et du fils. Sans Léopold, qui lui a transmis connaissances et opportunités, Wolfgang n'aurait sans doute jamais atteint une telle excellence. Schmitt souligne la responsabilité parentale : "Il faut proposer le monde dans sa pluralité à nos enfants pour qu'ils trouvent leur voie".
Réhabiliter l'image de Léopold Mozart
Contrairement à l'image d'un père autoritaire et abusif véhiculée depuis l'ère romantique, Schmitt dépeint Léopold comme un homme des Lumières, aimant et exigeant. Il a éduqué également sa fille Nannerl, chose rare pour l'époque, visant l'excellence pour ses deux enfants. "Léopold était un père merveilleux, qui a reconnu très tôt le génie de son fils", affirme l'auteur.
Cette admiration mutuelle, bien que douloureuse lors de l'éloignement, persiste jusqu'à la mort. Schmitt cite une lettre de Mozart enfant : "Juste après Dieu, il y a papa", titre évocateur du livre. La relation évolue de la dévotion à la rébellion, illustrant l'ambivalence des rôles familiaux.
Les tensions entre sécurité et liberté
Le conflit central oppose l'idéal de sécurité de Léopold à celui de liberté de Mozart. Schmitt analyse cette opposition comme source de séparation, tout en rappelant qu'aucun père ne souhaite le malheur de son enfant. Mozart, socialement maladroit, aspire à une autonomie que son père peine à accepter, menant à des malentendus croissants.
L'auteur évoque aussi la Plaisanterie musicale, composée par Mozart le jour de la mort de son père, comme un acte de sarcasme pour éviter la souffrance. Plus tard, dans un requiem, Mozart exprimera des regrets : "Il a su être un père, c'est moi qui n'ai pas su être un fils".
Une réflexion personnelle et universelle
Schmitt relie cette histoire à son propre vécu, admettant avoir mis du temps à réaliser ses erreurs en tant que fils. Il souligne que l'amour peut se réinventer, même après des ruptures. "La vie de Mozart a été trop courte pour cela, mais nous pouvons, nous, apprendre à devenir de bons fils", conclut-il.
Ce roman offre ainsi une plongée émouvante dans les méandres de la filiation, invitant le lecteur à réfléchir sur les liens familiaux et la transmission.



