Un roman aux confins de l'actualité et de la métaphysique
Dans son nouvel ouvrage La longue vie, Valentin Retz explore avec une audace remarquable les frontières entre la science, la foi et les ambitions humaines les plus profondes. Le récit s'ouvre sur une référence troublante à l'actualité : les dirigeants Vladimir Poutine et Xi Jinping, tous deux septuagénaires, auraient exprimé à Pékin leur espoir de vivre jusqu'à 150 ans grâce aux avancées des transplantations d'organes. Une perspective qui, dans leur cas, suscite l'inquiétude, mais qui sert de point de départ à une réflexion littéraire ambitieuse.
Trois destins entrelacés
Le roman tisse la trame de trois personnages aux quêtes existentielles distinctes mais profondément liées. Le narrateur, un écrivain qui officie comme aumônier laïque en prison, tente de redonner espoir à des détenus que la société a mis à l'écart pour de longues années. Son travail auprès de ces hommes, qui ont parfois tendance à s'exprimer avec une éloquence littéraire, forme un contrepoint poignant aux autres récits.
Le second personnage, Nikopol – nom qui évoque le célèbre héros d'Enki Bilal – est un biologiste de renom. Il consacre ses recherches à la reprogrammation cellulaire, une technologie permettant à certaines espèces de vivre cinq fois plus longtemps que les humains. Pourtant, sa vie personnelle est en crise : sur un coup de tête, il quitte sa femme et, au volant de sa voiture, blesse grièvement un jeune homme d'origine grecque. Sous le choc, il s'assoupit et revit en rêve l'existence d'Apollos, un jeune Juif d'Alexandrie qui effectua un pèlerinage à Jérusalem vers l'an 30.
Le souffle salvateur de la littérature
Apollos, dans ce rêve, croise le chemin de Jean le Baptiste, assiste à sa mise à mort, puis rallie le Christ et ses promesses de résurrection. Cette plongée dans l'Histoire sainte offre une dimension métaphysique à la quête scientifique de Nikopol. Valentin Retz, auteur secret et cofondateur de la revue Ligne de risque avec Yannick Haennel et François Meyronnis, déploie ici toute son ambition. Titulaire d'une licence en théologie, il cherche à redonner à la littérature un souffle salvateur, mêlant foi, poésie et radicalité avec une maîtrise rare.
Son talent réside dans sa capacité à rendre captivantes des thématiques complexes : la quête d'immortalité du biologiste, le chemin de Damas d'Apollos – ce Juif incroyant soudain emporté par les promesses d'un Rabi nommé Jésus –, et les dialogues en prison. Peu d'auteurs parviennent à faire cohabiter avec autant de fluidité les mystères de l'Histoire sainte et ceux de l'histoire naturelle, sans jamais laisser faiblir l'intérêt du lecteur.
La longue vie de Valentin Retz (éditions Gallimard, 192 pages, 20,50 €) se présente ainsi comme une œuvre singulière, où l'actualité la plus brûlante – les ambitions de longévité des grands de ce monde – rencontre les interrogations les plus anciennes de l'humanité sur la mort, la résurrection et le sens de l'existence.



