Pauline Peyrade signe 'Les habitantes', un roman écologique qui réinvente la narration
Pauline Peyrade : 'Les habitantes', un roman écologique innovant

Pauline Peyrade dévoile 'Les habitantes', un roman où l'écologie façonne la narration

Pauline Peyrade, récompensée par le Goncourt du premier roman en 2023, présente son deuxième ouvrage, Les habitantes, publié aux éditions de Minuit. Ce roman sensoriel, en lice pour le 6e prix Habiter le monde Midi Libre-Sauramps, explore les rythmes du vivant et questionne profondément l'attachement à un lieu, en plaçant l'écologie au centre de sa forme narrative plutôt que comme simple sujet.

Un projet littéraire novateur : égaliser le vivant humain et non humain

Dès l'origine de l'écriture, Pauline Peyrade avait pour ambition de raconter une histoire où le vivant humain et non humain serait mis sur un pied d'égalité. "Je ne voulais pas que l'écologie soit le sujet du livre, mais qu'elle le structure et en soit la forme", explique-t-elle. Conçu comme une parabole, ce livre vise à narrer une histoire de manière moins anthropocentrée, plus horizontale, révélant ainsi la complexité de notre monde.

L'intrigue suit Emily, dont l'existence marginale dans une maison héritée de sa grand-mère est menacée par une vente décidée par son père. Les habitantes évite délibérément les conflits et violences intimes pour se concentrer sur Emily et tout ce qui vit dans ce lieu en péril, mettant en lumière les interconnexions entre les êtres.

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Une filiation avec Emily Brontë : un lien viscéral au lieu

Le personnage d'Emily tire son inspiration directe de la romancière Emily Brontë, que Pauline Peyrade admire infiniment. Ce qui unit ces deux figures, c'est leur attachement viscéral au lieu qu'elles habitent. Emily Brontë, incapable de vivre éloignée du presbytère de Haworth et de sa lande, incarnait une droiture et une force inébranlables, refusant même de se soigner face à la tuberculose. Dans le roman, Emily possède cette même résilience, restant ancrée dans son lieu malgré les blessures.

Questionner notre manière d'être au monde et la violence systémique

Pauline Peyrade utilise la maison comme ancrage pour interroger notre rapport au monde. "Habiter un lieu, c'est un attachement affectif, physique, imaginaire", souligne-t-elle, évoquant l'entremêlement de relations qui définit un lieu habité. Elle cite David Thoreau et son œuvre Walden pour illustrer l'idée que la véritable appartenance à un lieu vient du temps partagé et de la protection, non de la simple possession.

Le roman met en scène une violence masquée mais puissante, incarnée par la figure du père, symptôme du patriarcat capitaliste et de son désir d'appropriation du vivant. "J'ai voulu rendre visible la nature systémique de la violence patriarcale", déclare l'auteure, expliquant que le choix du féminin dans le titre désigne à la fois les femmes et toutes les formes de vie non humaines, toutes soumises à la même domination.

Les habitantes, aux éditions de Minuit, compte 192 pages et est disponible au prix de 18 €. Ce roman offre une réflexion profonde sur l'écologie, l'attachement et les relations, positionnant Pauline Peyrade comme une voix majeure de la littérature contemporaine engagée.

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