Olivier Mas, ancien de la DGSE, dévoile les coulisses du renseignement dans ses romans
Olivier Mas : de la DGSE au roman d'espionnage

Olivier Mas : de l'ombre des services secrets à la lumière des romans

Olivier Mas assume désormais pleinement son passé au sein des services de renseignement français. Bien qu'il conserve intact son attachement à la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), qu'il appelle affectueusement « la Boîte », l'ancien officier s'autorise depuis sa sortie des cadres en 2017 à évoquer certaines facettes de son expérience. Après deux décennies de missions à l'étranger – au Liban comme chef de poste, en Afghanistan et ailleurs, parfois sous couverture –, il puise dans ses souvenirs pour alimenter sa création littéraire.

La transition du terrain à l'écriture

Formé à Saint-Cyr, Olivier Mas a d'abord servi dans l'armée avant d'intégrer la DGSE, où il a renoncé à porter l'uniforme. « Au bout de quelques années sur le terrain, j'ai compris que je ne pourrais plus remettre l'uniforme, à faire des saluts », confie-t-il. « Quand on est isolé à l'étranger en tant qu'agent, on devient un peu indépendant. Nos chefs sont à des milliers de kilomètres, l'ambassadeur ne nous manage pas vraiment. On est son propre patron. »

Cette autonomie contrastait fortement avec la vie militaire traditionnelle, comme l'illustre une anecdote révélatrice : « Je me souviens d'un dîner à l'ambassade où j'étais assis à côté d'un général quatre ou cinq étoiles. Je lui ai demandé quel était le pourcentage de plaisir dans son métier. Il m'a répondu : '95 % d'emmerdes et 5 % de plaisir'. En savourant mon dessert, j'ai fait mes calculs. Mon ratio, c'était l'inverse. »

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Ombres chinoises : fiction ancrée dans la réalité

Son dernier roman, Ombres chinoises, publié chez Flammarion, met en scène Solange, une jeune agente spécialiste du Moyen-Orient envoyée en mission à Abidjan pour recruter un agent chinois. Si l'intrigue est fictive, elle s'appuie sur une connaissance intime des méthodes et des réalités du renseignement.

« Ce qui est amusant dans la fiction, c'est justement d'être parfaitement documenté mais de pouvoir jouer avec la réalité », explique Olivier Mas. « Je ne veux pas que ce soit 'vrai', sinon je ferais des essais. En revanche, ce que j'ai connu me permet d'être totalement crédible. Mes personnages réagissent exactement comme moi en tant qu'espion, et comme la DGSE réagirait. »

L'équilibre délicat entre transparence et secret

L'ancien officier respecte scrupuleusement une règle : soumettre systématiquement ses manuscrits à la DGSE avant publication. « Non pas par soumission à la censure, mais pour éviter qu'un détail puisse malencontreusement mettre en danger une source, un secret ou un agent », précise-t-il. Pour son premier roman situé au Liban, le service lui a demandé de revoir une quinzaine de pages – demandes qu'il a respectées.

Il reconnaît cependant que la DGSE a fait des progrès en matière de transparence : « C'est assez sain je trouve. Maintenant, il ne faut pas tout dire, ne pas sortir des documents déclassifiés. On peut être transparent sans ouvrir tous les tiroirs. »

Les tensions internes comme matériau romanesque

Dans Ombres chinoises, Olivier Mas n'hésite pas à dévoiler les querelles internes qui traversent les services. « Le service est constitué de gens qui aiment leur pays. Ce sont des gens intelligents. Mais il y a des ambitieux, des calculateurs, des gens fragiles... C'est normal », observe-t-il. « Et là-dessus, pas question d'être censuré. Ou alors, autant ne rien écrire. »

Il explique que cette exploration des dynamiques internes sert la dramaturgie : « Dans un roman, en jouant sur les tensions internes vous créez de la dramaturgie. Il faut donc en rajouter un peu. » Chaque personnage combine d'ailleurs plusieurs traits de personnalités rencontrées au cours de sa carrière.

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L'Afrique comme nouveau terrain de jeu

Si Olivier Mas était spécialiste du Moyen-Orient, il situe son dernier roman principalement en Afrique. « Mon personnage, Solange, se retrouve dans cette situation étrange. Elle est là sans rien avoir demandé. Elle connaît bien le Moyen-Orient, ce qui était mon cas. Elle sent donc une sorte de décalage », décrit l'auteur, qui a lui-même vécu cette expérience.

Il évoque également le déclin de l'influence française sur le continent : « C'est l'échec de toute une politique française. Mais aussi un retour de bâton. Nous payons le prix de notre passé colonial. » Tout en reconnaissant l'arrivée des Chinois et des Russes, il prédit : « Dans quelques années, les élites se rendront compte que les Russes et les Chinois ne sont pas fiables. »

Renseignement humain face à la révolution technologique

Interrogé sur l'impact de l'intelligence artificielle et des nouvelles technologies, l'ancien officier du renseignement humain reste convaincu de la nécessité des sources humaines. « Les services sont traversés depuis quelques décennies par des révolutions majeures », reconnaît-il. « Le défi, c'est de ne jamais rater une de ces révolutions. Mais pour moi, derrière la machine, il faut toujours de l'analyse originale, de l'intuition et des sources humaines... Et ça, la machine ne saura jamais faire. »

L'engouement pour le roman d'espionnage

Olivier Mas analyse l'intérêt croissant du public pour le genre : « Les Français ont compris, depuis quinze ans, depuis les attentats, qu'il était légitime d'avoir des services de renseignement. Le monde est devenu fou et nous avons tous besoin d'avoir la certitude que les responsables politiques sont bien informés. Et pour pénétrer l'univers des services, il n'y a pas beaucoup d'autres canaux que la littérature ou les séries... »

Son parcours d'écrivain a commencé modestement : « J'avais peur de ne pas savoir écrire. Après deux documents et mes blogs, un éditeur m'a sollicité. J'ai essayé d'écrire de la fiction et j'y ai pris un plaisir fou. » Loin de vouloir imiter Gérard de Villiers, il a trouvé sa propre voix, nourrie par des années d'expérience sur le terrain.

Ombres chinoises d'Olivier Mas (éditions Flammarion, 416 pages, 21,50 euros) offre ainsi une plongée authentique dans les coulisses du renseignement français, où la fiction sert de révélateur aux réalités souvent méconnues des services secrets.