Pris en sandwich entre la montée de l'antisémitisme et la baisse du niveau de la lecture, Nathan Devers se trouve dans une position délicate : qui peut encore saisir la profondeur de ses livres brillants, centrés sur sa judéité ? Philosophe et romancier, celui qui aspirait à devenir rabbin au lycée s'est véritablement révélé avec Penser contre soi-même (2024), dont les passages les plus audacieux évoquent les débuts de Philip Roth.
Un nouveau livre après le 7 Octobre
Aimer Jérusalem fait suite à cet ouvrage, mais Devers a eu le temps, depuis, de méditer sur les événements du 7 Octobre. À l'image de son mentor Bernard-Henri Lévy, il ne tient pas en place : on le voit se rendre sur les lieux des attentats, où il interroge des rescapés, puis à Tel Aviv. Où qu'il soit, il réfléchit à la Bible, à travers des digressions talmudiques modernes dont il a le secret.
Critique de Netanyahou et des suprémacistes
Comme Alain Finkielkraut, il trouve à redire au régime de Benyamin Netanyahou et aux militants suprémacistes qui sévissent autour de lui. Dans les passages les plus enlevés, on pense à Israël de Bernard Frank et à La Place de l'Étoile de Patrick Modiano, deux ovnis écrits par des auteurs dans leur vingtaine (Devers, lui, a 28 ans). Modiano avait publié son chef-d'œuvre en 1968, quelques mois après la guerre des Six Jours. On oublie parfois ce texte essentiel à la compréhension de son parcours.
Un avenir littéraire prometteur
Nous verrons dans un demi-siècle quelle place occupera Aimer Jérusalem dans l'œuvre qui sera alors celle de Devers. En attendant, ce livre interroge notre époque et la capacité de la littérature à rendre compte de la complexité du monde.
Aimer Jérusalem par Nathan Devers. Gallimard, 426 p., 23,50 €.



