Natacha Appanah, récompensée par le prix Fémina 2025 pour son roman La nuit au cœur, était l'invitée d'un grand entretien à la Comédie du livre, ce samedi 23 mai au Jardin du Peyrou à Montpellier. Devant un public majoritairement féminin, elle a partagé les coulisses de son œuvre multi-récompensée, qui aborde les violences sexistes et sexuelles.
Un titre venu de l'expérience personnelle
L'autrice a confié avoir remis un manuscrit sans titre, bloquant sur cet exercice. C'est finalement le mot « Cœur » qui s'est imposé, en référence à son propre battement de cœur lorsqu'elle a cru ne pas survivre à une relation sous emprise. La « Nuit » évoque l'obscurité dans laquelle sont plongées les victimes de violences, une nuit dont elle-même est sortie à 25 ans.
Enquête sur deux féminicides
Dans La nuit au cœur, Natacha Appanah mêle son expérience personnelle à l'enquête sur deux féminicides : celui de Chahinez Daoud et celui de sa cousine Emma. Elle souligne un point commun troublant : les hommes violents n'ont pas manqué d'amour dans leur enfance. « Ils ont été choyés, ont reçu de l'affection. La violence qu'ils ont donnée est bien une intention de leur part », affirme-t-elle. Elle déplore la persistance d'une parole miséricordieuse à leur égard, tandis que les femmes sont souvent réduites au silence.
La question du nom des victimes
L'autrice n'a pas pu nommer sa cousine par son vrai prénom, à la demande de sa mère et de son fils, par honte et sentiment de co-responsabilité. « On dit qu'il y a trois façons de mourir : quand votre cœur s'arrête, quand vous n'êtes plus dans les souvenirs de personne et quand il n'y a plus personne pour prononcer votre nom », explique-t-elle. Elle espère qu'un jour le vrai prénom d'Emma pourra être révélé.
Un livre kaléidoscopique
Natacha Appanah a réalisé cinq versions de son roman avant d'aboutir à une structure polyphonique, qu'elle qualifie de « kaléidoscope ». Elle s'était préparée à l'éventualité que ce livre ne voie jamais le jour, mais elle a finalement écrit « avec une grande liberté », un sentiment partagé par le public. La Comédie du livre se poursuit ce dimanche 24 mai au Jardin du Peyrou.



