La tragédie de Munich : un jour de neige qui a marqué l'Angleterre
Le 6 février 1958, peu après 15 heures, un jour de neige oublié des dieux, le vol 609 de la British European Airways s'écrase au décollage sur l'aéroport de Munich. À son bord, l'équipe de football de Manchester United, les célèbres Busby Babes, de retour d'un match victorieux en Yougoslavie pour la Coupe d'Europe des clubs champions. Avec eux, l'équipage, le staff et de nombreux journalistes. Le bilan est terrible : sur 44 passagers, 23 perdent la vie, dont huit joueurs – Geoff Bent, Roger Byrne, Eddie Colman, Duncan Edwards, Mark Jones, David Pegg, Tommy Taylor et Liam Whelan.
Un deuil collectif et un traumatisme national
En Angleterre, et particulièrement à Manchester, l'émotion est immense. Ce deuil collectif restera gravé dans les mémoires jusqu'à des événements comme l'accident de Lady Di en 1997. Ces jeunes footballeurs, à peine sortis de l'enfance, incarnaient des symboles d'espoir pour la classe ouvrière britannique. Leur mort violente a laissé un vide profond, un chagrin porté à l'échelle d'un pays entier.
David Peace : le grand témoin du prolétariat britannique
David Peace, écrivain britannique du Yorkshire, s'impose comme le grand témoin de cette douleur. Connu pour ses romans noirs explorant les reins du prolétariat, comme Quatuor du Yorkshire sur les serial killers ou GB84 sur les mineurs en grève, il élève le football au rang littéraire. Dans Munichs, il se fait lyrique et empathique, capturant les jours, semaines et mois qui suivent la catastrophe, à l'hôpital de Munich ou dans les rues de Manchester.
Un chef-d'œuvre sur la souffrance et la résilience
Peace, comparé à Ellroy mais sans esbroufe, plonge dans l'après-crash avec les vivants et les morts, leurs familles et amis. Il rappelle que, même si Manchester United remportera la Coupe d'Europe dix ans plus tard avec des survivants, la victoire reste amère. Les morts, comme il l'écrit, ne sortent jamais du banc de touche. Munichs, traduit par Isabelle Maillet et publié chez Rivages, est un hommage poignant à ces enfants perdus, un chef-d'œuvre qui hisse la tragédie sportive au niveau du deuil national.



