Pour cette 37e cérémonie des Molières, 134 pièces sont en compétition : 75 pour le théâtre public et 59 pour le théâtre privé. À quoi s’ajoutent 20 spectacles d’humour, 18 « seul(e)s en scène », 44 spectacles « jeune public » et 9 comédies musicales.
Avec cinq nominations, Les Petites Filles modernes, nouvelle création de Joël Pommerat, s’impose comme le favori dans la catégorie théâtre public. Côté « privé », le duel s’annonce serré entre Amadeus, mis en scène par Olivier Solivérès et la reprise d’Art par François Morel, Olivier Broche et Olivier Saladin. Ces deux pièces cumulent ainsi quatre citations chacun.
Molière du théâtre public
« Les Petites Filles modernes (titre provisoire) »
Après Contes et légendes (spectacle créé en 2020) qui décrivait les relations que des adolescents et des robots pourraient entretenir dans un avenir proche, la nouvelle pièce de Joël Pommerat prend la forme d’une fable fantastique. Ses personnages sont deux lycéennes (divines Coraline Kerléo et Marie Malaquias) qui décident, un soir, de fuguer. Elles atterrissent dans une maison isolée où vit un vieil homme terrifiant (impeccable Éric Feldman). L’aventure va les transformer de manière radicale.
Les autres nommés : Makbeth d’après William Shakespeare par le Munstrum Théâtre (mise en scène de Louis Arène), La guerre n’a pas un visage de femme d’après Svetlana Alexievitch et mis en scène par Julie Deliquet, I Will Survive de Jean-Christophe Meurisse (Les Chiens de Navarre).
Molière du théâtre privé
« Amadeus »
Déjà sacré, dans cette catégorie, en 1995 lors de sa création avec Pierre Arditti, Fabrice Luchini et Pierre Vaneck, Art a peu de chance de décrocher un doublé, trois décennies plus tard. C’est la raison pour laquelle nous misons plutôt sur Amadeus, de Peter Shaffer qui donna lieu au long-métrage oscarisé en 1985.
Autres nommés : Art de Yasmina Reza, Le Procès d’une vie de Barbara Lamballais et Karina Testa, Made in France de Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget.
Molière de la comédie
« La Jalousie »
Michel Fau signe avec cette reprise d’un vaudeville de Sacha Guitry, initialement créé en 1915, une jolie fable morale. Contant la paranoïa qui saisit un mari volage qui découvre que sa femme a découché pendant son absence, cette pièce prend, de fait, l’allure d’une cruelle étude psychologique au sein d’un couple en crise.
Les autres nommés : Cochons d’Inde de Sébastien Thiéry (mise en scène de Julien Boisselier), Fin, Fin et Fin de Lancelot Cherer et Potiche de Barillet et Gredy (reprise de Charles Templon).
Molière de la création visuelle et sonore
« Les Petites Filles modernes (titre provisoire) »
Les époustouflants jeux de lumières signés Éric Soyer et les hologrammes réalisés par Renaud Rubiano jouent un grand rôle dans le nouveau spectacle de Joël Pommerat. Ils transportent le public au seuil d’un monde psychédélique... littéralement stupéfiant.
Les autres nommés : Amadeus, mise en scène d’Olivier Solivérès, La Cage aux folles mise en scène par Olivier Py, La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob de Jean-Philippe Daguerre et La Petite Boutique des horreurs mis en scène par Valérie Lesort et Christian Hecq.
Molière du spectacle musical
« La Cage aux folles »
Olivier Py renouvelle totalement la manière de raconter l’histoire de ce couple d’hommes travaillant dans un cabaret transformiste et qui doivent dissimuler leur homosexualité le jour où leur fils veut leur présenter les parents de sa fiancée.
Les autres nommés : Chicago de Bob Fosse, Fred Ebb et John Kander, La Petite boutique des horreurs d’Alan Menken et Howard Ashman, mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq.
Molière de l’humour
« Sexe, Grog et Rocking Chair »
Déjà récompensé à deux reprises, dans cette catégorie (en 2016 et 2020), Alex Lutz mériterait assurément de décrocher une troisième statuette avec ce seul en scène émouvant qui évoque 70 ans d’histoire de France sous la forme d’un portrait tantôt tendre, tantôt acide de son père défunt.
Les autres nommés : Ahmed Sylla pour son spectacle Origami, Alison Wheeler pour La Promesse d’un soir et Valérie Lemercier.
Molière du jeune public
« Je suis trop vert »
David Lescot clôt de belle façon la trilogie contant les aventures des élèves de la sixième D. Après J’ai trop peur qui décrivait de manière humoristique l’angoisse d’enfants de CM2 sur le point de faire leur rentrée au collège, après J’ai trop d’amis qui faisait le bilan des premiers mois de leur scolarité chez les « grands », revoici Basile, Clarence, Cameron et Marguerite en classe verte ! La mise en scène de cette escapade à la campagne est particulièrement inventive. Sur le plateau, une grande table en bois se transforme tantôt en pupitres d’écolier, tantôt en rangées de fauteuils de bus, avant de se métamorphoser en enclos à bestiaux. Des ritournelles joyeuses donnent un rythme d’enfer à ce spectacle qui aborde frontalement une question qui fâche : jusqu’où sommes-nous prêts à aller en matière d’écologie pour sauver la planète ?
Les autres nommés : Casse-Noisette ou le Royaume de la nuit de Johanna Boyé et Elisabeth Ventura, Mulan de Guillaume Bouchède et Frédéric Chevaux ainsi qu’Oliver Twist de Ned Grujic et Thérèse Wernert.
Molière du seul en scène
« On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie »
Éric Feldman signe ici un puissant spectacle qui explore son histoire familiale ravagée par la Shoah. Évoquant ce que l’événement peut avoir, encore aujourd’hui, comme effet non seulement dans sa vie personnelle, mais aussi dans celle de ses proches, il évoque avec finesse et pudeur les cicatrices béantes qu’a laissées, sur trois générations, cette tragédie.
Autres nommés : La Disparition de Josef Mengele de Mikaël Chirinian, Les Frottements du cœur de Katia Ghanty et Portrait de Rita de Laurène Marx.
Molière du comédien dans un spectacle de théâtre public
Laurent Lafitte
Il avait démissionné de la Comédie française pour reprendre le personnage de la Grande Zaza, dans La Cage aux folles. Cette audace mérite d’être saluée. D’autant que le triomphe de la reprise de cette pièce de Jean Poiret, transformée en comédie musicale par Harvey Fierstein et Jerry Herman, repose largement sur ses épaules. Sa prestation ferait presque oublier celle de Michel Serrault en 1973.
Autres nommés : Christophe Montenez dans Hamlet, Louis Arene dans Makbeth et Éric Elmosnino dans Le Misanthrope.
Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre public
Ludivine Sagnier
Si le spectacle de Christophe Honoré a divisé la rédaction, la prestation de Ludivine Sagnier dans Bovary Madame y a, en revanche, fait l’unanimité. Une statuette honorerait à juste titre cette grande comédienne qui nous avait tant subjugués, il y a deux ans, dans l’adaptation du roman de Vanessa Springora : Le Consentement.
Les autres nommées : Romane Bohringer dans Scènes de la vie conjugale, Marina Hands dans Une mouette et Elsa Lepoivre dans Hécube, pas Hécube.
Molière du comédien dans un spectacle de théâtre privé
François Morel et Olivier Saladin
L’exceptionnelle prestation de Jérôme Kircher dans Amadeus aurait assurément mérité une récompense mais le duel avec Art était serré. Alors qu’est annoncée l’adaptation cinématographique, par le réalisateur brésilien Fernando Meirelles, de ce texte de Yasmina Reza, on verrait bien les anciens Deschiens décrocher un Molière ex-aequo. Nul doute qu’ils feraient alors monter sur scène leur camarade non moins méritant qu’eux, Olivier Broche !
Autre nommé : Jean-Paul Rouve dans Le Bourgeois Gentilhomme.
Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre privé
Charlotte Matzneff
Elle campe de manière magistrale Danielle Bâtisse, épouse tourmentée de Georges Cravenne qui prit en otage, le 18 octobre 1973, les passagers du vol Paris-Nice, exigeant l’annulation de la sortie des Aventures de Rabbi Jacob en échange de leur libération. Charlotte Matzneff réussit à rendre toute la complexité du caractère de cette femme tourmentée au cœur de la nouvelle pièce de son compagnon, Jean-Philippe Daguerre.
Les autres nommées : Josiane Balasko dans Ça, c’est l’amour, Magali Genoud dans Le Dernier Cèdre du Liban et Clotilde Daniault dans Le Procès d’une vie.
Molière du metteur en scène dans un spectacle de théâtre public
Joël Pommerat
Éric Ruf avait reçu six trophées l’an dernier pour son Soulier de satin. Pourquoi le fondateur de la compagnie Louis Brouillard n’en obtiendrait-il pas autant pour ses impressionnantes Les Petites Filles modernes ?
Les autres nommés : Julie Deliquet pour La Guerre n’a pas un visage de femme, Louis Arene pour Makbeth au Munstrum Théâtre et Lorraine de Sagazan pour Léviathan.
Molière du metteur en scène dans un spectacle de théâtre privé
François Morel
Sa mise en scène du classique Art de Yasmina Reza joue la carte de la simplicité. Mais quelle efficacité !
Les autres nommés : Olivier Solivérès pour Amadeus, Charlotte Matzneff pour Le Chant des lions ainsi que Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget pour Made in France.
Molière de la révélation féminine
Coraline Kerléo et Marie Malaquias
Difficile de départager les deux comédiennes qui sont à l’affiche de la dernière pièce de Joël Pommerat. D’autant qu’elles intervertissent (à un moment) leurs rôles. Notre solution ? Les couronner toutes les deux.
Les autres nommées : Marina Pangos dans Le Chant des lions et Maëlis Adalle dans Le Dernier Cèdre du Liban.
Molière de la révélation masculine
Maxime Pambet
Le jeune comédien étincelle dans L’Abolition des privilèges. Il y incarne, avec brio, pas moins d’une douzaine de personnages évoqués dans ce texte de Bertrand Guillot, qui raconte la folle nuit du 4 août 1789.
Les autres nommés : Antoine Le Provost dans Cher Evan Hansen, Lancelot Cherer dans Fin, Fin et Fin et Nemo Schiffman dans Katte.
Molière du comédien dans un second rôle
François Marthouret
Aussi surprenant que cela puisse paraître ce grand comédien n’a encore jamais reçu de statuette... Réparons ce fâcheux oubli !
Les autres nommés : Azeddine Benamara dans Le Dernier Cèdre du Liban, Julien Cigana dans La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob et Laurent Stocker dans Les Femmes savantes.
Molière de la comédienne dans un second rôle
Jeanne Arènes
Dans Le Procès d’une vie, qui retrace la manière dont l’avocate Gisèle Halimi défendit une jeune femme violée, amenée à justifier son avortement devant le tribunal de Bobigny en 1972, Jeanne Arènes interprète trois personnages. Douze ans après avoir décroché le Molière de la révélation féminine pour son rôle dans la pièce Le Cercle des illusionnistes, écrite et mise en scène par Alexis Michalik, une nouvelle statuette marquerait une nouvelle étape dans sa carrière.
Les autres nommées : Séphora Pondi dans Hécube, pas Hécube, Marlène Saldana dans Bovary Madame, Élodie Colin dans Le Chant des lions.
Molière de l’auteur francophone vivant
Joël Pommerat
Les autres nommées : Barbara Lamballais et Karina Testa pour Le Procès d’une vie, Mélody Mourey pour La Zone Indigo, Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget pour Made in France, Virginie Despentes pour Romancero Queer ainsi que Tiago Rodrigues pour Hécube, pas Hécube.



