Michel Winock plonge dans les méandres de la Commune de Paris
L'historien Michel Winock livre un récit aussi érudit que captivant sur ce moment sanglant de l'histoire de France, au printemps 1871, et en explore les multiples dimensions avec une profondeur remarquable. Mais que reste-t-il de la Commune dans la mémoire collective ? Qu'est-ce que la Commune ? D'où vient-elle ? Que veut-elle ? Comment expliquer ses origines et sa résonance jusqu'à nous ? C'est à ces questions, et bien d'autres, que Michel Winock répond dans son dernier ouvrage, très détaillé, enrichi par de solides annexes et une chronologie bienvenue.
Un récit rigoureux et captivant
Si l'historien y apporte toute sa rigueur académique, il réussit à embarquer le lecteur dans un récit captivant peuplé de figures romanesques et de détails historiques précis. Michel Winock, l'un des quatre chroniqueurs réguliers de Sud Ouest Dimanche, s'interroge sur la nécessité de ce nouveau livre. Il explique que, sur les faits, les sources sont épuisées, mais que l'interprétation reste ouverte, car la Commune est à la fois un événement historique et un mythe puissant.
Cet ouvrage s'inscrit dans la collection Les journées qui ont fait la France, qui inclut des dates glorieuses et malheureuses. Le 18 février 1871, qui ouvre l'histoire de cette révolte parisienne et finira par un bain de sang, est une de ces dates légendaires mais aussi un drame national scandant notre histoire depuis les guerres de Religion. Winock souligne qu'il a voulu raconter cet événement dans la perspective de la longue durée et dans la complexité de sa genèse, au-delà de la simple lutte de classes.
Les origines patriotiques et républicaines
Au-delà du conflit entre une population parisienne à majorité prolétarienne et la bourgeoisie représentée par le gouvernement d'Adolphe Thiers à Versailles, Winock restitue les origines patriotiques de la Commune, née de la guerre franco-prussienne, et ses dimensions républicaines, visant à défendre la République. Il explore comment cet événement a pris une force mythique et universelle grâce à Karl Marx et à son manifeste La Guerre civile en France, qui en a fait la première grande révolution prolétarienne.
La mémoire collective et les symboles durables
La place de cette guerre civile dans la mémoire collective est analysée avec acuité. Si les politiques n'y font plus référence aujourd'hui, elle reste une date capitale dans l'histoire du mouvement socialiste. À droite, elle a été perçue comme un moment de folie, tandis qu'à gauche, elle est célébrée comme un événement glorieux. Des symboles comme le drapeau rouge, le mur des Fédérés, L'Internationale et Le Temps des cerises perdurent, témoignant de son héritage culturel.
Winock note que la Commune semble encore résonner avec notre époque, évoquant la participation citoyenne, la défiance envers les élites, et les fractures sociales. Un point fort de son programme était la volonté de créer une République fédérale, anti-centralisatrice, reflétant un idéal fédératif profond.
Le rôle prépondérant des femmes
L'historien souligne le rôle prépondérant des femmes dans la Commune, qui ont activement participé à la défense de Paris, comme infirmières, institutrices, et combattantes. Des figures comme Élisabeth Dimitrieff et Louise Michel sont mises en avant, bien que le droit de vote n'ait pas été octroyé aux femmes, en raison de préjugés tenaces.
En conclusion, La Commune – La guerre civile des Français – 18 mars 1871 de Michel Winock, publié chez Gallimard, offre une analyse exhaustive et nuancée de cet événement clé, invitant à une réflexion approfondie sur son héritage et sa pertinence contemporaine.



