Lycéens de Brignoles récompensent un roman sur les Incels au Prix Polar
Lycéens de Brignoles récompensent un roman sur les Incels

Dans le silence du CDI du lycée Raynouard à Brignoles, ce jeudi 21 mai, seuls quelques murmures accompagnent les dernières pages tournées. Face aux élèves installés entre les rayonnages, Marco Pianelli raconte son parcours, parle de construction de récit, d'inspiration et de roman noir. En face de lui, une quinzaine de participants écoutent attentivement. Après plusieurs mois de lecture, une quarantaine d'élèves, d'enseignants et de membres du personnel participent à la remise du Prix Polar du lycée, organisée en présence de Marco Pianelli, parrain de cette sixième édition.

Depuis novembre, les participants découvrent huit romans policiers parus dans l'année avant de voter pour leur favori, comme dans un véritable prix littéraire. « On essaie aussi de mélanger des auteurs très connus et des romans plus confidentiels, tout en maintenant la parité de quatre auteurs et quatre autrices », précise Christian Cornard, professeur de littérature et organisateur du Prix. Au fil des éditions, le concours a notamment vu s'imposer des figures bien installées du polar comme Franck Thilliez. Cette année, c'est La Menace, de Niko Tackian, qui décroche la première place au terme d'un décompte serré. La Résurrection du pire d'Angelina Delcroix prend la deuxième position, devant La Mue de Céline Denjean, troisième du classement.

Parmi les participants, certaines élèves découvrent presque le plaisir de lire à travers le concours. « Je ne lis jamais », sourit Léonie, élève de terminale. « Mais je sais que c'est quelque chose que j'aime faire, sans prendre le temps. Du coup, je me suis un peu obligée en m'inscrivant au concours. » Avec son amie Diane, elle s'est laissé convaincre par l'engouement autour du projet… et par leur professeur. Toutes deux ont particulièrement apprécié La Menace. « Le livre parle des incels et montre bien les mécanismes de haine qu'ils peuvent exprimer contre les femmes et de rejet qu'ils ressentent », explique Diane. Léonie, elle, cite La Mue pour « son ambiance et son écriture ».

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Pour Marco Pianelli, lauréat du Prix du roman de la Gendarmerie nationale 2024, cette rencontre avec des lycéens constitue une première. Auteur de six romans policiers, publiés depuis 2021, il a accepté de parrainer l'édition sur recommandation de Boris Sciutto et Emmanuel Giampino, écrivains venus au lycée pour l'édition de 2025. Son dernier roman, Noir Alpha, sorti en janvier, devrait d'ailleurs faire partie de la sélection l'année prochaine. « Peut-être que je reviendrai gagnant », plaisante l'auteur avec le sourire. Habitué des salons littéraires et des fêtes du livre, l'écrivain découvre ici un tout autre public. « Je les ai trouvés vraiment attentifs et adorables », confie-t-il après les échanges. « Peut-être que ça donnera envie de lire… ou même d'écrire. »

Derrière le succès du Prix Polar, l'organisation demande aussi beaucoup de moyens. « Le problème, ce sont surtout les finances », reconnaît Christian Cornard. Les livres sont achetés directement sur les fonds du lycée et, cette année encore, aucune maison d'édition n'a fourni d'ouvrages aux organisateurs. Avec la baisse des aides du Pass culture, Christian Cornard et Aurore Barbati doivent également limiter le nombre de participants pour permettre aux romans de circuler entre tous les lecteurs. Malgré cela, l'équipe espère déjà pouvoir organiser une septième édition.

Incel : contraction de l'expression anglaise involuntary celibate (« célibataire involontaire »). Le terme désigne des hommes qui estiment ne pas pouvoir avoir de relation amoureuse ou sexuelle et développent, pour certains, un discours de haine envers les femmes sur Internet.

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