Laura Kasischke : « Tout est noir, déprimant et profondément dérangeant »
Laura Kasischke : « Tout est noir, déprimant et dérangeant »

Dans son nouveau recueil de nouvelles, Chez moi, vous me connaissez, Laura Kasischke explore les fissures de l'Amérique ordinaire. L'autrice américaine, connue pour ses romans comme À moi pour la vie ou Les Revenants, confie au Monde que ses textes sont « toujours noirs, déprimants et profondément dérangeants ». Une déclaration qui résume l'atmosphère de ce livre où le quotidien bascule dans l'inquiétant.

Publié en français aux éditions Christian Bourgois, ce recueil rassemble des histoires où des femmes, des familles et des voisins sont confrontés à des situations déstabilisantes. Kasischke y mêle le réalisme le plus banal et des éléments troublants, sans jamais expliquer ni résoudre. L'effet est saisissant : le lecteur est laissé face à l'ambiguïté, comme dans ses poèmes, dont elle est également une figure reconnue aux États-Unis.

Une autrice de l'étrangeté

Laura Kasischke est née en 1961 dans le Michigan. Elle a publié une dizaine de romans et plusieurs recueils de poésie. Son écriture, souvent comparée à celle de Joyce Carol Oates, interroge les apparences et les non-dits. Dans Chez moi, vous me connaissez, elle pousse cette exploration plus loin : les nouvelles s'ouvrent sur des scènes ordinaires – un dîner de famille, une sortie scolaire, une visite chez le médecin – puis dérapent imperceptiblement vers l'étrange.

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L'autrice explique que cette noirceur n'est pas un choix délibéré, mais une nécessité. « Je ne décide pas d'écrire des choses sombres, dit-elle. C'est comme ça que je vois le monde. » Elle précise que la littérature lui permet de mettre des mots sur des angoisses diffuses, celles qui traversent l'Amérique contemporaine : la violence latente, la fragilité des liens, la solitude.

Des nouvelles qui dérangent

Le recueil contient une quinzaine de textes, dont certains avaient déjà paru dans des revues américaines. Kasischke y utilise souvent la première personne, donnant une voix intime à ses narratrices. Cette proximité accentue le malaise : le lecteur est pris à partie, comme si l'histoire s'adressait directement à lui.

La critique française a salué ce livre. Dans Le Monde des livres, on lit que Kasischke « excelle à faire vaciller le réel » et que ses nouvelles « laissent une trace indélébile ». L'autrice, qui a remporté plusieurs prix aux États-Unis, notamment le Pushcart Prize pour sa poésie, voit dans cette reconnaissance une confirmation de son travail.

Une œuvre entre poésie et roman

Laura Kasischke est aussi une poète primée. Elle enseigne la création littéraire à l'université du Michigan, où elle transmet son goût pour les textes courts et denses. Dans Chez moi, vous me connaissez, on retrouve cette influence : chaque nouvelle fonctionne comme un poème en prose, avec des images fortes et des chutes ouvertes.

L'autrice avoue que la nouvelle est un genre qui lui convient particulièrement. « Le roman demande de la patience, dit-elle. La nouvelle, elle, est un éclair. » Elle ajoute que ce format lui permet d'explorer des obsessions sans avoir à les développer, laissant au lecteur le soin de combler les blancs.

Le recueil est disponible en librairie depuis le 20 août 2026. Laura Kasischke sera en France à l'automne pour une série de rencontres et de lectures, notamment à Paris et à Lyon. Ces événements seront l'occasion pour le public francophone de découvrir une autrice dont l'œuvre, traduite dans plus de vingt langues, continue d'interroger les zones d'ombre de l'âme humaine.

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