Lambert Wilson enchante Monaco avec un voyage poétique de 27 siècles
Ce jeudi, Lambert Wilson a offert une performance exceptionnelle à l'hôtel Hermitage de Monaco, dans le cadre de l'événement Monaco Poésie Nuit et Jour. L'artiste a récité et chanté des œuvres couvrant 27 siècles de poésie, démontrant une fois de plus son talent polyvalent.
Un défi artistique audacieux
Lambert Wilson s'est lancé dans un exercice rare : un spectacle de quarante-cinq minutes combinant chant et récital de poèmes, interprétés en quatre langues différentes. Un défi de taille, mais qui ne l'effraie pas, lui dont la carrière s'étend bien au-delà de ses rôles au cinéma.
Depuis plus de trente ans, il arpente les scènes monégasques, de l'Opéra Garnier au théâtre Princesse Grace, se distinguant comme réalisateur, comédien et chanteur. Cet événement inédit, organisé par la Monte-Carlo Société des Bains de Mer, vise à apaiser le tumulte du monde par la poésie.
Structure et langues du spectacle
Interrogé sur la construction de son spectacle, Lambert Wilson explique : « J'ai eu la chance que Thierry Consigny me propose de choisir mes poèmes. Nous couvrons 27 siècles, en commençant et terminant avec une femme : Sappho, sept siècles avant Jésus-Christ, et Renee Nicole Good, une Américaine récemment décédée. »
Le parcours inclut la Renaissance et le XIXe siècle romantique, avec des chants de poèmes de Baudelaire et Rimbaud, accompagnés au piano par Karol Beffa. L'artiste lit en italien, espagnol, anglais et français, affirmant : « Ça me permet d'être plus universel. J'ai toujours regretté que les gens ne parlent pas tous la même langue. »
La poésie et la musique : un lien intime
Lambert Wilson souligne la proximité entre poésie parlée et chant : « L'exercice de la poésie est très proche de celui du chant. À la fin du XIXe siècle, de nombreux compositeurs ont adapté des poèmes en musique. » Il cite Fauré, Debussy et Bach, notant que la musique rend la poésie plus accessible, comme l'ont fait Barbara ou Jacques Brel.
Il ajoute : « Il y a toujours une considération musicale quand on apprend un poème. Même en le disant, on est proche en termes de phrasé, de rythme, de dynamique. »
Résonance avec l'actualité mondiale
La poésie, selon lui, peut éclairer les soubresauts du monde. Le poème sur Renee Nicole Good illustre les injustices modernes, tandis que des textes comme ceux de Nicolas Bouvier sur l'Iran prennent une dimension particulière face aux événements actuels. « La poésie fait remonter à la surface des petites bulles de conscience », affirme-t-il.
Parmi les œuvres présentées, il retient particulièrement Funeral Blues de W.H. Auden : « C'est un poème de deuil magnifique des années trente, une déclaration de chagrin et d'amour sublime, très jazzy et mélancolique. »
Un lien profond avec Monaco
Lambert Wilson entretient une relation spéciale avec la Principauté : « J'ai fait ici mes premiers pas en tant que chanteur classique, à la fin des années 80. Monaco m'a permis d'accoucher de projets, comme mon spectacle sur Yves Montand. » Il salue le public monégasque, réputé exigeant : « C'est un public difficile à impressionner, mais quand on crée une émotion, c'est une belle bataille de gagnée. »
Il conclut avec sérénité : « Mon endurance s'est endurcie avec le temps. Ce soir sera simplement une soirée unique avec Karol Beffa. » Un moment poétique qui a su toucher les cœurs dans un écrin prestigieux.



