À partir d’une histoire enfouie dans les secrets familiaux, Filippo Stoppele a sorti son premier ouvrage intitulé « Kira… J’ai capturé Mussolini » en décembre 2025. Le retraité y raconte les actions de sa cousine, Maria, membre active de la Résistance italienne ayant contribué à la capture de Mussolini en 1945.
Un grand-père italien au cœur des Hautes-Pyrénées
C’est un bonhomme badin, qui transpire l’Italie. Cheveux longs et blancs coiffés en arrière, lunettes de soleil de marque de luxe, chemise déboutonnée et accent chantant, Filippo Stoppele a tout ce que l’on peut imaginer du grand-père rital et guilleret. Cet ancien musicien de 66 ans, passé à l’écriture après sa retraite, est pourtant bien français et réside à Monléon-Magnoac, dans les Hautes-Pyrénées. Pour tout comprendre, il faut remonter dans les années 1940. Durant le régime de Mussolini, sa famille se divise en deux branches, de l’autre côté des Alpes. Une partie, la sienne, part pour la France, tandis que l’autre reste sur ses terres, dans la bourgade de Badia Calavena, aux alentours de Vérone, en Vénétie.
Dans son premier ouvrage intitulé « Kira… J’ai capturé Mussolini » publié en décembre 2025 aux Éditions Vérone, Filippo Stoppele s’intéresse à cette deuxième partie de sa famille, restée au pays, et plus particulièrement à sa cousine au second degré. Une certaine Maria Marina Stoppele, dite « Kira », qui aurait participé à la capture de Benito Mussolini, sur les bords du lac de Côme, en avril 1945.
Une histoire de famille
Le destin méconnu d’une « simple aubergiste devenue une héroïne anonyme », comme le raconte le néoécrivain. Engagée dans la Résistance après la torture et les meurtres de son père et de son frère, Maria Stoppele démarre comme simple messagère, puis commence rapidement à se faire un nom. Elle passe ensuite à « des actions plus puissantes, comme faire sauter des ponts », explique son petit-cousin, « jusqu’à devenir une pièce importante de la Résistance italienne, à Milan ».
Son fait d’armes le plus retentissant survient le 25 avril 1945. Sur les rives du lac de Côme, dans le hameau de Dongo, « Kira » est missionnée avec deux comparses pour arrêter un convoi. Dans un des camions, le Duce et son amante Clara Petacci tentent de fuir le pays, pour rallier la Suisse en compagnie de soldats allemands. Déguisée en infirmière de la Croix-Rouge, « sa spécialité », Maria Stoppele fait irruption dans l’engin, reconnaît les fugitifs, et les capture à l’aide de ses compères. « Elle était la première à entrer dans le camion », assure fièrement Filippo Stoppele. L’histoire ne retiendra pourtant presque aucun des noms des résistants impliqués dans cette opération. Pas même celui de cette femme d’à peine 20 ans. Attaché à faire vivre la mémoire singulière de sa famille, l’écrivain s’est alors plongé dans plusieurs années de recherches pour la reconstituer. Avec un credo qu’il aime à répéter : « L’histoire ne meurt pas tant qu’on la raconte ».
Souvenirs parfois sensibles
Ce désir de raconter la bravoure de sa cousine, Filippo Stoppele le tient de sa mère. « Elle me parlait très souvent des aventures de Kira, en me certifiant qu’il y avait de quoi en écrire un livre », relate-t-il, avant de continuer : « Il m’était impossible de laisser cette histoire enfermée, je voulais que tout le monde la connaisse ».
Pour mettre au jour cette fameuse histoire, direction l’Italie et le village de Badia Calavena. Là-bas, le sexagénaire joue les enquêteurs, interrogeant les locaux sur leurs souvenirs familiaux parfois sensibles, puis en inspectant les archives de la mairie de la commune. Il se rapproche également de l’Association nationale des partisans italiens (ANPI) et met la main sur des documents officiels attestant des actions de sa cousine. « Elle avait reçu énormément de décorations, notamment la médaille d’argent de la valeur militaire », appuie-t-il.
Une véritable omerta
En récoltant des témoignages familiaux comme ceux de sa mère, sa tante, ou de certains cousins, Stoppele parvient à reconstituer le parcours de Kira pendant sa vie de résistante, et le retrace physiquement au fur et à mesure de ses recherches. Une sorte de pèlerinage nécessaire pour l’auteur : « Je voulais ressentir ce qu’elle a ressenti. Les nuits froides, à dormir cachée dans des clochers, c’était impressionnant ».
Décédée en 2014 à l’âge de 90 ans, Maria Stoppele n’évoquait quasiment jamais son passé. Pas plus que les autres membres de la famille. « Une véritable omerta », regrette Filippo Stoppele, soulagé de pouvoir révéler ces secrets enfouis, et par la même occasion, dévoiler des détails jusque-là ignorés de la Seconde Guerre mondiale. Samedi 25 avril, l’écrivain sera présent au centre culturel Leclerc d’Oloron Sainte-Marie pour une rencontre autour de son ouvrage. Une date qui ne laisse rien au hasard, puisqu’elle commémore les 81 ans de la libération italienne et de la fin du fascisme. « Kira… j’ai capturé Mussolini » est disponible en version française ou italienne, au prix de 17 euros.



