James Robert Baker, l'écrivain pirate enfin révélé en France par 'Diables blancs'
Certains masques constituent de véritables aveux, et certaines entrées en scène s'apparentent à des mises en garde explicites. En signant son premier roman, Adrenaline (1985), sous le pseudonyme de James Dillinger, l'écrivain et scénariste américain James Robert Baker (1946-1997) faisait voler en éclats les conventions, s'essuyait allègrement avec les rideaux du théâtre littéraire et prenait un maquis artistique qu'il n'a jamais plus quitté jusqu'à son suicide tragique.
Une œuvre radicale longtemps ignorée
Racontant la cavale effrénée d'un couple gay pourchassé par les forces de l'ordre, ce thriller d'une noirceur absolue ouvrait le bal d'une œuvre littéraire radicale que l'édition française avait, jusqu'à présent, superbement ignorée. Les pirates des éditions Monsieur Toussaint Louverture ont aujourd'hui l'heureuse idée de nous faire découvrir cet univers avec la publication posthume de Diables blancs, un roman inédit même en langue anglaise, accompagné d'un copieux dossier consacré à l'auteur.
Un parcours de vie tumultueux
Né dans une famille conservatrice de Long Beach en Californie, James Robert Baker se sentait à l'étroit dans ce milieu droitier. Homosexuel assumé, son père poussait la sollicitude jusqu'à le faire suivre par un détective privé pour confirmer sa liaison avec un voisin. Paradoxalement, il découvrit l'amour avec une motarde braqueuse dans les montagnes russes d'un parc d'attractions, avant de faire allégeance à l'alcool et aux drogues, puis de rompre in extremis avec ces mauvaises fées.
De Hollywood à la littérature
Cinéphile passionné, il mit le cap sur Hollywood où il s'épuisa à l'écriture de scénarios. En 1984, avec un budget dérisoire de 2 000 dollars et déjà sous le nom de Dillinger, il réalisa le film culte Blonde Death, une anticipation queer préfigurant C'est arrivé près de chez vous. Sa conversion quasi sacerdotale à la littérature s'effectua avec Adrenaline, suivi de Fuel-Injected Dreams (1986) sur l'univers du rock, puis de la monumentale satire antihollywoodienne Boy Wonder (1988) avec son producteur mégalomane et ses séries B tournées à la va-vite.
La descente aux enfers éditoriale
Le rêve hollywoodien commença à fraîchir sérieusement en 1993 avec la publication de Tim and Pete, roman effréné mêlant à l'heure du sida l'activisme queer, la violence politique et une noirceur dévastatrice. Mais le livre choqua profondément le milieu littéraire. Trop, c'était trop : les éditeurs se détournèrent désormais de son œuvre. James Robert Baker cessa d'être publié, plongeant dans un silence éditorial qui dura jusqu'à sa mort.
La publication de Diables blancs par les éditions Monsieur Toussaint Louverture représente donc une véritable résurrection littéraire, offrant enfin au public français l'occasion de découvrir l'un des auteurs les plus radicaux et méconnus de la scène littéraire américaine de la fin du XXe siècle.



