Hergé en 1977 : une interview rare où le créateur de Tintin se confie
Georges Rémi, dit Hergé, décédé le 3 mars 1983, était connu pour sa discrétion et accordait peu d'interviews. Cependant, en 1977, il a reçu le journal Sud-Ouest dimanche pour un entretien qui résonne encore aujourd'hui. À l'époque, le titre de la Une annonçait déjà : « Tintin, tu vas nous manquer », préfigurant la fin d'une ère. Ces archives, conservées par Sud Ouest, offrent un regard unique sur l'esprit du célèbre auteur de bande dessinée.
L'avenir incertain de Tintin et le processus créatif d'Hergé
Interrogé sur la possibilité d'un nouvel album, Hergé répond avec prudence : « Oui, si Dieu le veut ». Il précise qu'il n'en est qu'au stade des idées fragmentaires et disparates, cherchant encore la connexion entre ces éléments. « Je n'ai encore rien dessiné, je m'approche seulement du projet de synopsis. Mais j'ai le temps, j'aime travailler à mon rythme », confie-t-il, révélant une approche méthodique et patiente de la création.
La critique de « Tintin et les Picaros » et le détachement d'Hergé
Si le succès public de « Tintin et les Picaros » fut grand, la critique a été sévère. Hergé avoue que cela ne l'affecte plus vraiment, notant que les deux albums précédents avaient déjà été accueillis sans chaleur. « La critique se méfie toujours un peu de la longévité. D'autre part, elle est surtout inspirée par des partis pris politiques », explique-t-il. Il insiste sur le fait que son œuvre, bien que se déroulant sur un arrière-plan politique, ne prétend pas être politique en soi.
Une vision sceptique et non militante
Hergé se définit comme un sceptique, refusant de prendre position de manière militante. « Toute conviction, disait Nietzsche, est une prison », cite-t-il, ajoutant que cela permet d'enfermer ceux qui ne pensent pas comme vous. Il déplore que ses propos soient souvent schématisés, alors qu'il cherche à montrer son rejet de toute tyrannie, sans réduire ses récits à des clivages droite-gauche.
L'évolution de la bande dessinée et la relève
Interrogé sur la reconnaissance croissante de la bande dessinée, Hergé observe un phénomène de mode et de snobisme. « Pas plus qu'un autre genre, la B.D. ne méritait en soi cet excès d'indignité et elle ne mérite pas cet excès d'honneur », estime-t-il. Parmi les jeunes dessinateurs, il admire des Français comme Reiser, Gotlib, Fred, Tardi et Bretécher, notant que la Belgique marque le pas dans la relève.
Tintin survivra-t-il à son créateur ?
Sur la question cruciale de l'avenir de Tintin après sa mort, Hergé est catégorique. Techniquement, il admet que des collaborateurs pourraient créer de nouvelles aventures, mais « ce ne serait plus le même climat ». « Dans sa plus grande partie, Tintin est resté une œuvre personnelle. C'est pourquoi je crois plus honnête qu'elle s'interrompe le jour où ma plume tombera », déclare-t-il, soulignant l'aspect intime de sa création.
Ces archives, disponibles dans le moteur de recherche de Sud Ouest, plongent au cœur de la mémoire collective et offrent un témoignage précieux sur l'un des plus grands auteurs de bande dessinée du XXe siècle.



