Un homme qui a des rêves et du talent, mais qui peine à se faire reconnaître : voilà toute la tragédie des héros de David Foenkinos. Gustave Bonsoir, personnage très « foenkinosien », est un jeune homme un peu gauche, plein de drôlerie, mais incapable de la mettre en scène. Il rêve de stand-up et d'applaudissements, mais se sent plus à l'aise à mimer le chagrin au musée de la Tristesse qu'à faire rire les foules dans un cabaret.
Un personnage attachant
Gustave Bonsoir – oui, c'est son nom, qui prête à des confusions et jeux de mots dont notre héros ne se prive pas – a sans doute l'art, mais pas la manière. Il ressemble au Foenkinos désabusé de « Qui se souvient de David Foenkinos ? ». Dans ses malheurs, il rencontre Géraldine, une grande gueule fantasque qui s'entiche de lui. Bien qu'elle n'ait « jamais vu un comique si peu drôle », le bougre a une sacrée présence, et quelque chose de maternel vient titiller cette femme brisée par une vieille histoire d'amour.
L'ambiguïté des personnages de Foenkinos
C'est toute l'ambiguïté des personnages de David Foenkinos : la banalité du mystérieux Henri Pick, la fragilité des couples dans « Deux sœurs », les addictions secrètes dans « Le Potentiel érotique de ma femme », l'effondrement amoureux dans « En cas de bonheur ». Gustave, lui, se sait malchanceux. Aussi se sent-il incapable de contenter l'amour de Margot – et pourtant, quelle belle amoureuse elle fait ! –, tant il a peur de lui imposer ses échecs. Il y a de la délicatesse, chez Gustave Bonsoir, et chez Foenkinos, qui navigue dans l'absurde avec une tendresse douce-amère, celle qui fait sourire, qui donne une brume de mélancolie heureuse à tous ses ouvrages.
Un style narratif original
Le romancier utilise généreusement les notes de bas de pages, un outil narratif récurrent, pour souligner quelques cocasseries ou sarcasmes personnels : « L'été, tout le monde a le sentiment d'avoir du talent. » C'est une des plus jolies trouvailles de ce double récit de l'échec et de la seconde chance. Des sujets comme les aime l'auteur de « Numéro deux », qui racontait le destin d'un comédien à qui fut préféré Daniel Radcliffe pour le rôle d'Harry Potter.
« Je suis drôle », de David Foenkinos, éd. Gallimard, 192 p., 20 €, ebook 13,99 €.



