Javad Djavahery et Lucie Azema : deux regards littéraires sur l'Iran contemporain
Deux auteurs explorent l'Iran à travers la littérature

Javad Djavahery : un exilé qui ravive les images d'un Iran disparu

À l'âge de vingt ans, Javad Djavahery quitte son pays natal, l'Iran, pour s'installer en France, où il réside depuis. Dans ses écrits, il fait revivre avec nostalgie les souvenirs d'une nation qui semble avoir cessé d'exister, tout en produisant des films qui documentent le Moyen-Orient actuel, comme Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi, plongeant dans la vie de Fatima Hassouna, une photographe palestinienne tragiquement tuée à Gaza en avril 2025.

Une exploration de l'histoire iranienne à travers la fiction

Dans Ma part d'elle, publié chez Gallimard en 2017, Djavahery brosse le portrait d'un Iran prérévolutionnaire, évoquant le bonheur fragile d'une jeunesse bientôt trahie par l'avènement de la république islamique. Ces pages résonnent aujourd'hui avec le slogan « Femme, Vie, Liberté », soulignant les contradictions d'un soulèvement populaire dont les motivations restent floues pour beaucoup d'Iraniens.

Son dernier roman, L'ayatollah aimait sa femme plus que Dieu, suit la trajectoire de Maryam, une femme déterminée à transcender sa condition féminine grâce à l'éducation et aux livres. À travers son initiation, le lecteur voyage au cœur de la culture persane, découvrant ses textes fondateurs, son histoire riche et ses paysages enchanteurs. Maryam, d'abord présentée comme grand-mère Dâ, disparaît mystérieusement, poussant sa famille à s'interroger sur son identité et son rôle dans l'histoire familiale.

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Une invitation à dépasser les clichés sur l'Iran

Le roman se déploie comme un conte oriental, avec des récits enchâssés qui racontent la vie de Maryam, de son mariage précoce à ses relations avec des figures religieuses. Cette héroïne attachante invite à ne plus réduire l'Iran à un horizon de conflits et de répression, ouvrant une fenêtre sur sa complexité culturelle.

Lucie Azema : une immersion sensible dans le Téhéran contemporain

Dans Une saison à Téhéran, Lucie Azema propose une exploration intime de la capitale iranienne, où elle s'est installée en 2017 pour enseigner. Refusant de tomber dans le piège de la mise en scène sensationnaliste, elle cherche à ouvrir une fenêtre sur l'invisible, au-delà des clichés médiatiques.

Vivre à Téhéran : entre sourires et défis quotidiens

Son récit s'appuie sur son vécu pour évoquer des rencontres avec des Iraniens ordinaires, comme Azadeh, qui l'accompagne dans ses premiers pas, ou Niloofar, confrontée à la police des mœurs. Azema décrit une jeunesse iranienne connectée, utilisant des VPN pour contourner les blocages numériques, et partage des anecdotes personnelles, comme sa cohabitation avec un étudiant azerbaïdjanais, protégée par la complicité d'un propriétaire.

Art, histoire et géopolitique : un kaléidoscope iranien

L'autrice mêle à son expérience des faits historiques, comme le rôle du village de Neauphle-le-Château dans la révolution islamique, et critique la représentation médiatique réductrice de l'Iran, souvent limitée à des fresques antiaméricaines. Elle souligne la richesse du street art local, avec des œuvres célébrant la lecture et la culture, tout en évoquant les sensations liées aux saveurs, à la musique et à la poésie persane.

Sans idéaliser le pays, Lucie Azema peint un Iran à hauteur d'humains, où la beauté culturelle se heurte à l'isolement géopolitique, donnant l'impression d'une île retranchée sous embargo. Son livre invite à une compréhension nuancée, loin des stéréotypes.

En résumé, ces deux œuvres, L'ayatollah aimait sa femme plus que Dieu de Javad Djavahery et Une saison à Téhéran de Lucie Azema, offrent des regards complémentaires sur l'Iran, alliant mémoire historique et réalité contemporaine pour enrichir notre perception de ce pays complexe.

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