Denis Podalydès au Théâtre de Grasse pour une lecture de "La Maison vide"
Denis Podalydès lit "La Maison vide" à Grasse le 11 mai

Denis Podalydès : une passion dévorante pour la littérature

De Proust à Rimbaud, l’acteur Denis Podalydès se confie sur sa passion dévorante pour la littérature avant sa lecture de « La Maison vide », prévue le 11 mai au Théâtre de Grasse pour le festival Culturissimo.

Denis Podalydès est lundi 11 mai au théâtre de Grasse dans le cadre du festival Culturissimo. Il est un inquiétant Polonius dans le Hamlet d’Ivo van Hove avec la troupe du Français (une captation est à découvrir dans les cinémas Pathé le 7 juin à 15 heures). S’est glissé récemment dans la peau de François Mitterrand sur France 2, est devenu Commissaire Maigret au cinéma. Il est aussi metteur en scène du Cid de Pierre Corneille, qui se joue en ce moment avec Benjamin Lavernhe en Rodrigue au sein de la Comédie Française hors les murs dont il est le 505e sociétaire.

Depuis janvier, Denis Podalydès, 62 ans, traverse les rôles avec une aisance troublante. Sans cesser, en parallèle, de lire, d’enregistrer des textes et d’écrire. C’est avec un livre qu’il arrive au Théâtre de Grasse le 11 mai, dans le cadre de Culturissimo, un festival créé par les espaces culturels E. Leclerc qui propose des événements gratuits dans plusieurs villes. Il prêtera sa voix à La Maison vide de Laurent Mauvignier. Un texte qu’il connaît bien et qu’il s’apprête à transmettre « comme un livre qui gagne encore à être lu à voix haute ». Échange avec ce lecteur insatiable.

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Le livre qui a tout déclenché

« J’ai toujours été un lecteur quasi compulsif depuis la petite enfance », confie-t-il d’emblée. Dans cette enfance, justement, il y a une figure fondatrice : une grand-mère libraire, et un cadeau. « Elle m’avait offert un livre qui s’appelait “Mon premier livre de poésie”. J’ai arpenté ce livre. » Les mots s’y mêlaient aux images, et la poésie devient un territoire familier. Arthur Rimbaud s’y imprime « à jamais ». Très vite, lecture et écriture avancent ensemble : « Enfant, j’écrivais autant que je lisais… des romans, des pièces, des poèmes. » Mais sans ambition de publication. « J’écrivais pour moi, avec l’idée que personne ne lirait. D’ailleurs, il a fallu attendre 40 ans avant qu’un de mes livres soit publié ! »

Le livre qui revient

Parmi les œuvres qui accompagnent la vie de Denis Podalydès, À la recherche du temps perdu occupe une place à part. « Je l’ai lu à peu près trois fois… et je pourrais le relire une quatrième sans aucun problème. » Loin de l’image d’un monument intimidant, Marcel Proust est, selon lui, d’une grande limpidité : « Ce n’est pas du tout dur à lire. C’est un mythe. Comme celui des phrases très longues, qui ne sont pas une généralité… » Il évoque un plaisir de déambulation quand il se replonge dans un livre déjà lu : « On se promène dans l’œuvre, comme dans un parc… avec des recoins favoris. »

Le livre qui accompagne chaque instant

Chez Podalydès, la lecture déborde. Elle s’invite partout, dans les interstices du quotidien. « Je lis tout le temps… même quand je ne lis pas, je lis en fait. Je relis dans ma tête. » Dans son sac, toujours plusieurs compagnons. Ces jours-ci, Connaissance de l’Est de Paul Claudel, qu’il relit après un voyage au Japon, et Poésie perdue de Paul Valéry. Les moments les plus courts deviennent précieux : « Une à deux pages… on s’échappe tout de suite. » Jusqu’à transformer l’attente en luxe. « Les files d’aéroport, ça ne me dérange pas du tout… c’est un temps de lecture et je regrette parfois que la queue ne soit pas plus longue ou que je n’ai pas plus d’étages à monter dans l’ascenseur ! »

Le livre qui se dit à voix haute

Denis Podalydès, qui a enregistré une cinquantaine de livres audio, est un fervent défenseur de la lecture publique. La Maison vide, qu’il lira à Grasse, n’est pas un choix anodin. « C’est un roman sublime que j’ai adoré », dit-il simplement. Avec Laurent Mauvignier, le lien est ancien : « C’est un ami dont je lis les œuvres depuis toujours. » Il a déjà adapté ses textes, monté des spectacles à partir de ses romans (Ce que j’appelle oubli, Dans la foule).

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Le livre qui ouvre des chemins

Avec le comédien, les références littéraires se multiplient : Michel Leiris et La Règle du jeu, qu’il « relit très fréquemment », les Mémoires d’outre-tombe de François-René de Chateaubriand, ou encore Pierre Bourdieu, qu’il explore en lien avec son projet de récit pour la collection « Ma nuit au musée » chez Stock autour du portrait de Mallarmé par Manet au musée d’Orsay. Mais loin de dresser une bibliothèque idéale, Denis Podalydès insiste sur le vertige de l’inachevé : « Plus je lis, plus je découvre que j’ai tellement peu lu », explique celui qui débute prochainement le tournage de 5 h 48 Place des Martyrs de et avec Franck Dubosc.

Le livre qu’on n’a pas encore ouvert

Aux lecteurs hésitants, il adresse un conseil presque libérateur : « Il faut se débarrasser de ce complexe de ne pas avoir lu. Il faut aller dans une librairie, demander conseil… et si le livre ne vous parle pas, passez à autre chose. » Sans culpabilité. « Par exemple, il y a un livre que je conseillais beaucoup parce que je le trouvais hilarant, c’était “Trois hommes dans un bateau” de Jerome K. Jerome. Ça m’est arrivé que le livre atteigne vraiment sa cible, mais parfois, c’est un flop », dit celui dont le rêve premier était d’être écrivain et qui a pris beaucoup de plaisir à camper un Philip Roth plus ou moins fictionnel dans Tromperie d’Arnaud Desplechin.

Lundi 11 mai à 20h au Théâtre de Grasse. Sur invitation à récupérer à l’accueil du magasin E. Leclerc de Grasse. Rens. 04.97.05.27.27.