Champollion, le génie qui déchiffra les hiéroglyphes et révolutionna l'égyptologie
Le 4 mars 1832, le père de l'égyptologie, passion française née de l'expédition de Napoléon Bonaparte en Égypte en 1798, mourait à Paris à l'âge de 41 ans. Né à Figeac dans le Lot en 1790, Jean-François Champollion est à jamais lié à la pierre de Rosette, dont il perça le mystère en septembre 1822, révélant une écriture perdue depuis plus d'un millénaire.
La découverte de la pierre de Rosette
Tout commence en juillet 1798 lors de la campagne de Napoléon en Égypte. Le 19 juillet 1799, à Rachid (Rosette), une stèle noire de 112 cm de haut est découverte par le lieutenant Pierre Bouchard. Cette pierre, couverte d'inscriptions en trois écritures dont le grec, est envoyée au Caire pour étude. Après la capitulation française, elle part en Angleterre, mais une copie arrive à l'Institut de France à Paris en mars 1800.
En traduisant les 54 lignes de grec, des scientifiques découvrent qu'il s'agit d'un décret de 196 av. J.-C. par le pharaon Ptolémée V. L'idée émerge que les autres inscriptions, en démotique et hiéroglyphes, pourraient être des traductions, offrant une clé pour comprendre l'écriture égyptienne ancienne.
Une passion précoce pour l'Égypte
Né en 1790, Champollion se passionne dès 16 ans pour l'Égypte et les langues orientales, influencé par son frère Jacques-Joseph. Admis au lycée impérial de Grenoble en 1804, il découvre les hiéroglyphes grâce à des ouvrages comme celui de Bernard de Montfaucon. Après des études à Paris, où il apprend le copte, il devient professeur adjoint à Grenoble à 18 ans en 1809, l'année de la publication de la Description de l'Égypte, marquant les débuts de l'égyptologie moderne.
Le déchiffrement de la pierre de Rosette
Champollion s'attaque avec acharnement au texte trilingue, utilisant des relevés de Jean-Joseph Marc. Il identifie d'abord le nom de Ptolémée V dans un cartouche, mais le système des signes reste obscur. En 1812, après avoir compté les signes, il émet l'hypothèse que les hiéroglyphes combinent idéogrammes et phonogrammes.
Il faut dix ans d'efforts supplémentaires. À partir de 1821, il déchiffre des cartouches royaux, dont ceux de Ptolémée V et Cléopâtre. Le 14 septembre 1822, il repère dans un cartouche le signe de Râ, un M et deux S, lisant Ramsès (RâMSS), signifiant « Rê l'a mis au monde ». Il peut ainsi lire les noms égyptiens. Le 27 septembre, il annonce sa découverte à l'Académie française, à 32 ans.
Le coup de foudre pour l'Égypte
Nommé conservateur du musée égyptien du Louvre en 1826, Champollion publie une grammaire et un dictionnaire de l'écriture pharaonique et enseigne au Collège de France. En 1828, il réalise son rêve en partant pour la vallée du Nil, déclarant : « Je suis tout pour l'Égypte, elle est tout pour moi ». Il vérifie son système sur place et étudie l'obélisque de Louxor, qui sera érigé place de la Concorde à Paris en 1836.
Champollion meurt le 4 mars 1832 à Paris. Les causes de sa mort restent incertaines : choléra, bilharziose contractée en Égypte, ou maladie de Charcot selon une étude de 2015. Son nom reste indissociable de la pierre de Rosette.
Héritage et commémoration
Un musée dédié à Champollion a été créé dans sa maison natale à Figeac, inauguré en 1986. Son œuvre continue d'inspirer, comme en témoigne l'ouvrage La Grande aventure de l'égyptologie de Robert Solé. Champollion a ouvert la voie à la compréhension de l'ancienne Égypte, laissant un héritage durable dans le monde académique et culturel.



