Bordeaux révélé par deux auteurs adoptés dans un ouvrage intime
Bordeaux révélé par deux auteurs adoptés dans un livre intime

Un regard croisé sur l'âme de Bordeaux

Comment capturer l'essence d'une ville sans tomber dans le catalogue patrimonial traditionnel ? Comment photographier une cité vivante en évitant les clichés conventionnels ? C'est le défi ambitieux que relèvent Nicolas Espitalier pour les textes et Quentin Salinier pour les images dans leur ouvrage « Bordeaux, fragments amoureux », publié ce vendredi 27 mars aux Éditions Sud Ouest.

Une carte blanche créative

Pour aborder ce projet, les deux auteurs ont bénéficié d'une totale liberté créative accordée par Marie-Luce Ribot, directrice déléguée des Éditions Sud Ouest, concernant la « colonne vertébrale » de l'ouvrage. « Au début, nous avons cherché un angle précis, puis nous avons réalisé que l'approche devait être celle de regards croisés », explique Nicolas Espitalier. « Si je raconte Bordeaux avec mon média écrit et Quentin avec son regard de photographe, cela génère un dialogue authentique et complémentaire. »

La force des adoptés de Bordeaux

L'une des particularités marquantes de ce projet réside dans le statut d'« adoptés » des auteurs. Nicolas Espitalier, originaire du Périgord, vit à Bordeaux depuis dix-huit ans, tandis que Quentin Salinier, venu du Lot-et-Garonne, y a posé ses valises dès le lycée. Comme le confie Espitalier, on devient Bordelais « un peu malgré soi » : « C'est quand tu peux te croiser à tous les coins de rue, ou trouver un souvenir de toi à tous les coins de rue, que la ville t'a véritablement apprivoisé. »

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Cette proximité intime avec la ville est soulignée dans l'avant-propos par Kenza Sib, doctorante en littérature aux universités de Bordeaux Montaigne et Montréal : « Ce voisinage entre texte et image devrait pouvoir tout renfermer, mais il existe toujours des indicibles que la photo ne contient pas et des invisibles dont le texte ne peut se saisir. »

Une photographie sincère et abordable

Sur le plan visuel, Quentin Salinier a délibérément choisi une approche « sincère » et ancrée dans la réalité quotidienne, s'éloignant de l'esthétique parfois artificielle des réseaux sociaux. « Nous voulions que cela corresponde à un Bordeaux abordable pour tous, pas simplement une vitrine idéalisée de la ville », précise-t-il.

Certaines images, comme celle de la fête foraine qui orne la couverture, ont été capturées spontanément. « Je rentrais du journal Sud Ouest, situé quai des Queyries. J'ai vu cette silhouette, cette skyline avec le monument aux Girondins, et j'ai voulu saisir ce moment intemporel et léger, en conservant un peu de vitesse pour donner une impression de tournis », raconte le photographe.

Dix chapitres pour une visite guidée intime

À travers dix chapitres, Nicolas Espitalier prend le lecteur par la main pour lui faire découvrir son Bordeaux personnel, comme il le ferait avec des amis de passage. « En racontant des choses très singulières et personnelles, on finit par toucher un matériau commun qui parle à tout le monde. C'est une invitation pour le lecteur à compléter les fragments par ses propres souvenirs », explique l'auteur.

La culture bordelaise dans toute sa diversité

L'ouvrage aborde également les passions partagées qui façonnent l'identité bordelaise, notamment le sport, considéré comme indissociable de la ville. Des matchs historiques comme le Bordeaux-Juventus d'avril 1985 ou le Bordeaux-Milan de mars 1996 sont présentés comme appartenant au « patrimoine immatériel de Bordeaux ».

Le livre n'élude pas non plus les aspects plus sombres de l'histoire locale, comme le passé esclavagiste de la ville. « En 2026, on ne peut plus faire un livre sur Bordeaux en évacuant ce sujet avec une pirouette ironique. Il y a une vraie prise de conscience aujourd'hui », insiste Nicolas Espitalier.

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Une invitation à la déambulation

Avec la danseuse étoile landaise Mathilde Froustey comme fil rouge et le travail graphique de Marie Zuurbier, « Bordeaux, fragments amoureux » se présente comme une belle invitation à déambuler dans la ville, que l'on soit originaire de la région ou simplement de passage. Cet ouvrage de 174 pages, disponible au prix de 35 euros, offre une vision renouvelée et authentique de la capitale girondine.