Mort le 30 avril 1524, en marge d'une bataille dans le Piémont, Bayard fait partie des grandes figures mythiques de l'Histoire de France, au côté de Jeanne d'Arc ou encore Du Guesclin. Mais le connaissez-vous vraiment ?
Des origines modestes
Pierre Terrail de Bayard est issu d'une famille de petite noblesse. Né en 1475 ou 1476 (la date est incertaine) au château Bayard, une simple maison-forte construite au début du XVe siècle par son arrière-grand-père à Pontcharra, dans le Dauphiné, il a 11 ans lorsqu'il entre comme page à la cour de Charles Ier, duc de Savoie. Il commence sa carrière militaire à 17 ans comme simple homme d'armes, en 1493, dans la compagnie du comte de Ligny, avant de gravir à la force du poignet (et à la pointe de l'épée) tous les échelons, jusqu'à devenir lieutenant général de Dauphiné.
Un héros européen
C'est durant l'expédition du roi de France Charles VIII en Italie, le « Voyage de Naples » (1494-1495), qu'il fait ses premières armes. Il se distingue par sa bravoure et son panache, qui le rendent rapidement célèbre malgré son jeune âge. À sa mort, en 1524, sa réputation a largement franchi les frontières. Il a mené avec bravoure plusieurs guerres terriblement sanglantes pour le compte des successeurs de Charles VIII, Louis XII et François Ier. Guerroyant trente ans durant en Italie, mais aussi en Navarre (1512) et en Picardie (1513), il a combattu les Espagnols, les Italiens, les Anglais et les troupes impériales du grand ennemi de François Ier, Charles Quint.
Les débuts de la légende de Bayard
Cavalier hors pair, Bayard excelle également comme fantassin, comme l'atteste sa victoire dans le duel l'opposant au capitaine espagnol Alonzo de Soto Mayor, qui l'avait insulté, lors de la guerre de Naples (1501-1504). Il se distingue aussi lors d'un combat d'honneur qui oppose treize gentilshommes français contre treize Espagnols. Peu à peu, Bayard devient le héros des récits que se content les soldats, forgeant la légende du preux Chevalier, « sans peur et sans reproche », qui, malgré son ascension sociale, est demeuré un homme aux mœurs très simples.
La bataille du Garigliano
Le 29 décembre 1503, la bataille du Garigliano, le fleuve qui se jette dans la Méditerranée au nord du royaume de Naples, est le théâtre de l'un de ses plus hauts faits d'armes. L'armée française, en état d'infériorité numérique face aux Espagnols, doit battre en retraite. Néanmoins, grâce aux exploits du chevalier Bayard qui tient seul le pont, fort étroit, en obligeant les Espagnols à l'affronter un contre un, les Français arrivent à s'échapper. Après une série de combats, ils finissent toutefois par se rendre, et l'Espagne gagne alors, pour plus de deux siècles, une totale suprématie sur le royaume de Naples. Bayard poursuit ses exploits en Italie. En avril 1507, toujours sous le règne de Louis XII, il force le passage des Apennins devant Gênes et prend la ville, qui vient de se soulever. Nommé capitaine par le roi, il lui ouvre les portes de Venise, puis prend Bologne, assiège Brescia où il est blessé, et s'illustre de nouveau à Ravenne.
La victoire de Marignan
Devenu roi le 1er janvier 1515, François Ier nomme dans la foulée Bayard, pour lequel il a une immense admiration, lieutenant général du Dauphin. Mythe ou réalité ? Le 15 septembre 1515, le lendemain de la victoire de Marignan, face aux mercenaires suisses qui défendaient le duché de Milan, il se dit que le jeune roi, alors âgé de vingt ans, se serait fait adouber par celui qui incarnait le mieux aux yeux de tous l'idéal de courage et de loyauté des preux du Moyen Âge. Selon certains historiens, il s'agit d'une légende montée de toutes pièces en 1525 par François Ier, un an après la mort de Bayard. Une propagande royale en quelque sorte, destinée à prouver que le roi, alors prisonnier après la défaite de Pavie, le 24 février 1525, était le plus chevaleresque d'entre tous.
Le bon gouverneur de Grenoble
Ce qu'il y a de sûr, c'est que Bayard, en tant que lieutenant général du Dauphiné, est resté dans la mémoire de Grenoble comme l'un des gouverneurs les plus populaires de son histoire. Ses habitants, fiers de recevoir l'illustre chevalier, l'acclamèrent le 17 mars 1515 lors de son entrée dans la ville. Le Chevalier devra repartir par la suite en campagne, en Italie ou dans le Nord de la France à la demande du roi, mais il prendra à cœur ses fonctions, et s'attaquera tout particulièrement à la peste, aux inondations et aux brigands, trois fléaux qui décimaient régulièrement la ville. Il fera nettoyer les rues de Grenoble, purger ses égouts et supervisera personnellement les travaux de défense contre les inondations du Drac.
Pleuré par l'ennemi
En 1523, François Ier le rappelle à ses côtés. Son cousin, Charles de Bourbon, connétable de France (chef des armées), a rencontré en secret les émissaires du roi anglais Henri VIII et de l'empereur Charles Quint, en vue de négocier un partage de la France. Le 22 août, les premières troupes italiennes franchissent les monts près de Lyon. Bayard est mortellement blessé par un coup d'escopette dans le dos le 29 avril 1524, dans le Piémont, pendant qu'il couvre la retraite de l'armée française. La colonne vertébrale brisée, il enjoint à ses compagnons de le quitter et leur dit : « Je n'ai jamais tourné le dos devant l'ennemi, je ne veux pas commencer à la fin de ma vie ». Il agonise dans le camp adverse, pleuré par ses ennemis. Son corps est ramené en France et, après des obsèques solennelles à la cathédrale de Grenoble, il est enterré au couvent des Minimes de Saint-Martin-d'Hères.
Charles Quint, héritier par son père des possessions de la maison de Habsbourg (Hongrie, Bohême, Autriche, etc.) ainsi que des dix-sept provinces des Pays-Bas et de la Franche-Comté, et par sa mère des royaumes de Castille et d'Aragon et de l'empire colonial espagnol, ainsi que du royaume de Naples, est le monarque européen le plus puissant de la première moitié du XVIe siècle.



