Un été sans ferias : la Maestranza de Séville en silence
En cette saison marquée par l'absence de ferias en raison de la pandémie de Covid-19, notre chroniqueur taurin Zocato fait revivre les grands moments de la tauromachie. Petit retour sur la planète des toros, où le 10 mai 2019, Pablo Aguado a inscrit son nom dans le Grand Livre à Séville.
Les arènes historiques de la Maestranza
Surnommée la Maestranza, la plaza de toros de la Real Maestranza de caballería de Sevilla est une institution fondée en 1670 par le roi Charles II. Construite et remodelée entre 1761 et 1881, classée monument historique en 1984, elle abrite un musée taurin qui a accueilli 373 000 visiteurs en 2019. Située aux coordonnées 37° 23’ 09” Nord - 5° 59’ 54” Ouest, elle est le cœur battant de la tauromachie andalouse.
Des anecdotes qui traversent les siècles
Au fil des siècles, des centaines d'anecdotes ont émaillé l'histoire de la Maestranza. Par exemple, Alexandre Alvarado, apprenti céramiste à Triana, rêvait des arènes depuis l'autre rive du Guadalquivir. Il y fit son premier paseo comme novillero le 14 octobre 1894. Une autre histoire célèbre est celle de Rafael « El Gallo », qui, à la Belle Époque, dédiait son toro avec tant de discrétion que personne ne l'entendait, avant de confier la tâche à son frère Joselito.
2020 : l'année du « toronavirus »
Cette année, la Maestranza est restée silencieuse, sans un seul toro sorti du toril ni une trompette sonnée. La « grande muette » a fermé ses portes, victime du « toronavirus ». Aucun maestro n'est attendu avant 2021, y compris Pablo Aguado, le dernier héritier en date. Son triomphe mémorable de 2019 lui avait valu quatre contrats pour cette saison, autant que des figures comme Enrique Ponce ou Roca Rey.
Le triomphe inoubliable de Pablo Aguado
Le 10 mai 2019, la soirée à la Maestranza restera gravée dans les mémoires. Morante de la Puebla a obtenu silence et une oreille, Andrés Roca Rey une oreille et un salut au tiers, tandis que Pablo Aguado a décroché deux oreilles et deux oreilles supplémentaires. Les banderilleros J.J. Dominguez, « Viruta », Ivan Garcia et « Azuquita » ont également été salués. Aguado a mérité la Porte du Prince.
Six toros de Jandilla, d'une noblesse et franchise unanimes, ont offert le lot idéal pour une soirée rêvée. Pablo Aguado a démontré une fluidité, une classe et une profondeur exceptionnelles dans ses véroniques. Le public a hurlé « Olé ! » toutes les cinq secondes, les mains rouges d'applaudissements, le cœur battant à 200.
Un chef-d'œuvre du siècle
Pablo Aguado a dessiné ce que l'on pourrait appeler le « faenon des faenons », un véritable chef-d'œuvre de la tauromachie. Avec des manières de soie et une douceur rare, il a créé un moment magique, comparé à un trésor de Toutankhamon. Séville, ce soir-là, avait les yeux d'une maman regardant son enfant.
Morante de la Puebla et Roca Rey ont également livré des performances remarquables, mais c'est Pablo Aguado qui s'est inscrit dans le Grand Livre. Ému et heureux, notre chroniqueur partage cette histoire pour raviver la flamme en ces temps difficiles pour la tauromachie.



