Rétrospective Pierre Soulages au musée Fabre : un éclairage inédit
Soulages au musée Fabre : un éclairage inédit

Le musée Fabre à Montpellier consacre jusqu'au 4 janvier 2026 une exposition rétrospective au maître de l'outrenoir, d'une ampleur exceptionnelle. L'accrochage est remarquable, ne lasse jamais et fait toujours rebondir l'éblouissement. Cent vingt toiles, œuvres sur papier, cuivres, bronzes et verres sont présentés, parmi lesquels 27 œuvres appartenant à la collection personnelle de son épouse Colette Soulages et 45 prêts du musée Soulages à Rodez. Le tout est organisé sur trois niveaux et plus de 1 200 m² d'exposition.

Une rétrospective d'envergure pour le bicentenaire du musée Fabre

Pour la première rétrospective consacrée au peintre ruthénois Pierre Soulages (1919-2022) depuis sa disparition, le musée Fabre à Montpellier n'a pas vu les choses en petit, mais en immense. L'exposition "Pierre Soulages – La rencontre" vient marquer le vingtième anniversaire de la donation par le couple Soulages de 20 toiles, accompagnées de 10 dépôts. Riche de 34 toiles réalisées entre 1951 et 2012, le musée Fabre possède aujourd'hui l'une des plus grandes collections publiques de Soulages au monde. Elle ouvre également les célébrations du bicentenaire de l'institution montpelliéraine que chérissait particulièrement Pierre Soulages. "Plus que tout autre, ce musée a compté pour moi", disait-il. C'est en 1941, alors qu'il s'était installé à Montpellier pour préparer le professorat de dessin à l'école des beaux-arts, qu'il fréquenta assidûment le musée et en tomba amoureux. Il y admira notamment le travail de Gustave Courbet. Le titre de cette rétrospective est un clin d'œil à l'une de ses œuvres, peut-être la plus emblématique de celles exposées à Montpellier : "La rencontre ou bonjour Monsieur Courbet" (1854). Mais il ne s'agit pas que d'un clin d'œil ! L'exposition est affaire de rencontres.

Un éclairage inédit sur l'œuvre de Soulages

Se montrer à la hauteur du monument Soulages n'est pas seulement une affaire de dimension, mais aussi d'éclairage. Les co-commissaires de l'exposition, Michel Hilaire, directeur honoraire du musée Fabre, et Maud Marron-Wojewodzki, conservatrice du patrimoine et à compter du 1er juillet directrice du musée Soulages, réussissent à en apporter un nouveau, absolument remarquable. Ce n'est pas rien, car le maître de l'outrenoir a déjà fait l'objet de nombreuses rétrospectives. Leur éclairage ? La rencontre. Les rencontres. "Notre parti pris n'est pas chronologique, et respecte en cela la manière dont Soulages avait lui-même conçu les salles du musée qui lui sont consacrées, en 2007", explique Maud Marron-Wojewodzki. "Nous procédons par écho entre des outrenoirs et des œuvres plus anciennes, et nous instaurons un dialogue – des 'rencontres' – entre son travail et l'histoire de l'art, que cet art lui soit antérieur ou contemporain."

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Passée une première salle que les commissaires ont souhaitée "silencieuse" (de fait, la vénusté tellurique des trois outrenoirs ici accrochés, dont deux inédits, du 9 mars 2020 et du 19 novembre 2021, en impose tant qu'on reste bouche bée), commence un parcours remarquable, et éclairant, en six étapes.

Un parcours d'exposition en six étapes

Première étape : Elle souligne la relation aux origines et aux matériaux organiques et primaires, au cœur de la démarche de Soulages qui s'inscrit dans un contexte de tabula rasa artistique propre à l'immédiat après-guerre. Ses œuvres (brou de noix, goudrons) sont mises en relation avec une statue-menhir du musée Fenaille, pour dire sa fascination pour l'art pariétal préhistorique, mais aussi avec deux natures mortes de Cézanne et Picasso qui l'ont frappé. On voit également une autre manière de "rencontre" avec des œuvres de Hans Hartung et Anna-Eva Bergman.

Deuxième chapitre : Il montre combien sa peinture dans les années 1950 (mais pas seulement) est une construction quasi architecturale de l'espace, et que la réinvention de son art passe par le support mais aussi l'outil, celui-ci lui permettant d'arracher sa matière ou de la bétonner. Ici, ses toiles encore colorées (dont sa sublime toile du 2 novembre 1959) rencontrent celles de Piet Mondrian et Max Ernst, d'une part, et de Simon Hantaï et Jean-Paul Riopelle, d'autre part.

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Troisième espace : Il met l'accent sur la manière de calligraphie de l'indicible et le "silence plastique" que travaille Soulages, notamment dans sa période dite "cistercienne", dont on voit un superbe ensemble d'œuvres des années 1970, ainsi que des outrenoirs sublimes qui semblent inviter à une lecture lente. Les rencontres sont légion, magnifiques : Zao Wou-ki, Pierrette Bloch, Morita Shiryu, Jean Degottex, Henri Michaux.

Quatrième chapitre : Il est majeur puisqu'il met en scène la manière qu'a Soulages de traiter la lumière par le noir, héritière de la tradition du clair-obscur. Zurbarán, Rembrandt et Van Gogh l'ont marqué, on les voit. On contemple le cheminement par lequel Soulages passe pour trouver la solution à sa fascination pour le noir-lumière, et finir par recouvrir intégralement la surface de peinture noire, le 14 avril 1979.

Cinquième thématique : Elle met en valeur son travail de la transparence (subtile) qu'il perfectionne pour les vitraux de l'abbaye Sainte-Foy de Conques, et du contraste (radical) entre le blanc et le noir. Il s'essaie même au monochrome blanc (en 2012), mais il n'est pas convaincu du résultat. Une curiosité sauvée de la destruction par son épouse, qui effectivement fait un peu pâle figure.

Sixième et dernière section : Elle est dédiée à l'appréhension de l'espace dans la peinture de Soulages, que ce soit celui au sein de la toile elle-même ou celui où elle est montrée, et qui suppose architecture et lumière. On admire là des grands formats, dont le plus long de tous, 7,24 mètres. Les œuvres sont sublimes, l'accrochage splendide. On en redemande, et il y a encore la section Soulages permanente et sa lumière démentielle.