Évelyne Bloch-Dano a passé une nuit à la villa du Temps retrouvé à Cabourg, une plongée dans l'univers de Marcel Proust et de la Belle Époque. « J'étais sensible au temps, à sa lenteur, je me logeais à l'intérieur d'une durée sans contour. » Ce soir de mars 2025, elle traverse la rue qui sépare le Grand Hôtel de Cabourg de la villa du Temps retrouvé, une belle demeure typique de l'architecture balnéaire normande de la fin du XIXe siècle dédiée à Proust. Elle traverse aussi un siècle. Pour une nuit.
Une immersion dans l'exposition Orient-Express
La villa du Temps retrouvé, ouverte en 2021, propose cette saison une exposition sur l'épopée de l'Orient-Express (1883-1918), jusqu'en novembre 2026. L'immersion est complète : une senteur de musc et d'hibiscus, création de Kurkdjian, enveloppe les pièces où déambule l'autrice. Cet exercice immersif dans un univers narratif, elle connaît bien. Elle a arpenté toutes les maisons d'écrivains de France – ses quinze années de chroniques dans Le Magazine littéraire ont été rassemblées chez Tallandier en 2015.
Le triptyque des œuvres
Chaussée de ballerines pour ne pas troubler la pénombre, Évelyne Bloch-Dano rencontre un triptyque passionnant : chaque œuvre parle de l'artiste qui l'a peinte, du modèle choisi, de l'époque représentée par le fond du tableau et le décor des pièces de la villa. L'ensemble évoque le monde proustien. Du salon de musique au jardin d'hiver, du canapé bleu face à Anna de Noailles au salon bleu aux murs occupés par cinq tableaux de Rosa Bonheur, c'est un voyage au temps des femmes rebelles et effrontées, qui portaient pantalon et osaient braver le verdict masculin en exposant leurs œuvres.
La Belle Époque des femmes
L'exposition met en lumière des figures comme Madeleine Lemaire, première illustratrice d'un jeune Proust encore inconnu, Winnaretta Singer, Louise Abbéma, Sarah Bernhardt, Louise Breslau, la comtesse Greffulhe, mais aussi Nicole Vedrès, pionnière des émissions littéraires, Saraï, princesse d'Abram, et Rosa, la grand-mère d'Évelyne Bloch-Dano. Le récit est ponctué de digressions qui ébouriffent la raison et permettent de rencontrer furtivement les enfants de l'écrivaine, le souvenir d'un autoportrait maladroit, ou les fondatrices du prix Femina.
Au fond, cette nuit au musée est avant tout une belle incursion dans l'univers d'Évelyne Bloch-Dano. Le Parfum des années, éd. Stock, 240 p., 19,50 €, ebook 13,99 €.



