Après Harry Gruyaert, Jean Dieuzaide ou Jane Evelyn Atwood, la salle d'exposition paloise propose une grande exposition des œuvres d'un surdoué du photojournalisme des années 1960. Au menu, glamour, conflits et tiraillements.
Une grande photo de Gilles Caron, Nikon en main et yeux plissés derrière l'appareil, ouvre l'exposition qui lui est consacrée à Pau, jusqu'au 18 juin. Une soixantaine de clichés, parmi les plus marquants de ce photographe fauché en pleine ascension, à 31 ans, lors d'un reportage au Cambodge en avril 1970, sont présentés.
« En seulement cinq années de carrière, il réalise plus de 500 reportages pour les plus grands magazines et l'agence Gamma dont il est l'un des cofondateurs (avec Raymond Depardon, NDLR) », précise le grand panneau d'ouverture. Son travail raconte les mouvements sociaux des années 1960, portraitise les stars du show-business et les grands fauves de la politique, de Pompidou à Mobutu.
Daniel Cohn-Bendit faisant face aux policiers lors des événements de Mai 68. L'un des clichés iconiques de Gilles Caron. Montage de l'exposition photographique de l'œuvre de Gilles Caron au Parvis de Pau. Certaines de ces photographies passent à la postérité, comme ce portrait de Daniel Cohn-Bendit en mai 1968. L'image figure au cœur de l'exposition paloise. On y voit l'étudiant esquisser un sourire provocateur devant un policier casqué. L'histoire raconte que le militant avait aperçu l'objectif de Gilles Caron et qu'il s'est ensuite approché des forces de l'ordre par pure provocation. Le tête à tête a accouché d'une série géniale.
Jane Birkin et Serge Gainsbourg sur le tournage du film « Slogan », en juillet 1968. Trois volets mais une concomitance. L'exposition est organisée en trois volets très distincts. Sa couverture des grands conflits mondiaux (guerre des Six-Jours, Vietnam, Biafra) est suivie de ses clichés glamours avec les stars de la chanson (Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Jacques Brel, Johnny…) ou du cinéma (Bardot, Raquel Welch) avant une tonalité plus sociale et politique (mai 1968, printemps de Prague, de Gaulle en Roumanie…).
« Ce parcours très pédagogique est aussi un moyen de rendre la proposition accessible pour le grand public, expliquait Mylène Broca, chargée des expositions de photographie au Parvis, lors du montage au mois de mars. Cela permet d'entrer plus facilement dans l'exposition dont certaines images sont très difficiles. » On pense à ces enfants du Biafra ou ces victimes allongées en pleine rue, voire à cette image sans sujet humain où les traces de sang et d'effets personnels abandonnés par les soldats égyptiens disent tout du carnage qui vient de s'opérer. Traces de la déroute des soldats égyptiens dans le Sinaï. Guerre des Six-Jours. Juin 1967.
Il convient néanmoins de rappeler que le touche-à-tout n'a pas eu plusieurs périodes, comme ces peintres qui changent de couleur après quelques années, mais une seule production globale. Gilles Caron a alterné les photos de tournage auprès de Godard ou Truffaut avec les reportages à Jérusalem, Suez ou Londonderry. Pendant les émeutes entre protestants et catholiques en Irlande du Nord, en 1969.
Au terme de la visite, toute l'effervescence de la décennie 1960 se rappelle au visiteur, comme pour souligner que « le monde d'hier » (le titre de l'expo emprunté au chef-d'œuvre de Stefan Zweig) n'était sans doute pas plus calme que celui d'aujourd'hui. Une décennie d'agitation politique et de grande créativité que l'œil du photographe a su capter, immortaliser et partager. Avec un brin de talent et beaucoup d'audace, il est toujours possible de figer une époque pressée.
Le vernissage de l'exposition le 27 mars dernier. Parvis Pau « Le Monde d'hier », photographies de Gilles Caron, au Parvis, espace culturel Leclerc Pau Université, à Pau. Gratuit. Du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures. Jusqu'au 18 juin.



