Susie Morgenstern : « J’ai toujours 14 ans dans ma tête » pour écrire jeunesse
Susie Morgenstern : « J’ai toujours 14 ans dans ma tête »

Ce samedi 23 mai 2026, la Villa Les Camélias à Cap-d'Ail a accueilli la dixième édition des Auteurs au Jardin, un événement littéraire placé cette année sous le signe de la littérature jeunesse. Une vingtaine d'écrivains et d'écrivaines ont participé à des séances de dédicaces et des rencontres avec un public nombreux, venu profiter des allées fleuries du musée.

Rester jeune pour écrire pour les jeunes

Comment un auteur adulte peut-il écrire pour un public jeune ? Pour Susie Morgenstern, marraine de l'édition et auteure du best-seller La sixième, la réponse est évidente : « Je crois que ceux qui font ce genre de livres sont ceux qui ont une jeunesse très forte en eux. C'est facile pour moi d'écrire pour des jeunes de 14 ans, j'ai toujours 14 ans dans ma tête. » Selon elle, les émotions des adolescents n'ont pas fondamentalement changé, si ce n'est l'omniprésence du téléphone portable. « C'est pareil qu'avant. Pareil, avec le téléphone en plus mais pareil dans leur esprit », observe-t-elle.

Sandra Nelson partage cette approche : pour elle, écrire pour la jeunesse consiste à « adopter le point de vue d'un enfant et ne pas être l'adulte qui parle pour lui ». Élodie Avati, auteure locale, précise sa méthode : « Quand j'écris pour les enfants, je pense uniquement à eux et à leurs besoins. Quand c'est pour les adultes, je pense davantage à mon vécu. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Donner du courage sans nier les difficultés

Malgré des approches techniques variées (romans, albums, mangas), les auteurs partagent une même volonté : accompagner les enfants par la lecture. « On a une obligation vis-à-vis d'eux : leur donner du courage et l'envie de vivre et de s'émerveiller », affirme Sandra Nelson. Susie Morgenstern ajoute qu'une fois les livres publiés, « on devient des missionnaires de la lecture auprès du jeune public ».

Cette mission est particulièrement visible dans les ouvrages abordant des sujets difficiles. Jacques Drouin a écrit Mahika, la louve blanche, une fiction autour de la tempête Alex dans le village de Saint-Martin-Vésubie. « Je vous rassure, le livre n'est pas noir mais il permet peut-être d'évacuer le traumatisme avec des mots adaptés et les plus simples possibles », précise-t-il. Sandra Nelson constate que « nous avons une nouvelle génération abreuvée d'informations anxiogènes et cela se ressent. On doit donc en permanence s'adapter à un public qui perd son innocence de plus en plus jeune. »

Captiver une génération sollicitée de toutes parts

Comment attirer l'attention des jeunes sur des dizaines de pages quand un TikTok dure quelques secondes ? Jacques Drouin mise sur des chapitres courts : « J'écris des chapitres courts dont la fin donne envie de lire la suite. » Cédric Biscay, auteur du manga Blitz, utilise les codes narratifs japonais : cliffhangers, rythme soutenu et narration visuelle forte. « Le manga est aujourd'hui le premier vecteur de lecture chez les jeunes », observe-t-il.

Malgré la concurrence des écrans, les auteurs restent optimistes. Sandra Nelson note l'émergence de nouvelles formes de lecture comme les livres audio ou les mini-BD verticales adaptées aux smartphones. « Le secteur est encore très porteur. Plus de 10 000 œuvres de lecture jeunesse paraissent tous les ans », conclut-elle.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale