Une tribune pour défendre la liberté de création chez Grasset
Près de 80 auteurs travaillant pour les livres jeunesse de la maison d'édition Grasset ont lancé un appel retentissant ce mardi 21 avril 2026. Dans une tribune publiée, ils réclament le respect de « la liberté de création » et la mise en place d'une « clause de conscience » dans le secteur de l'édition. Cette initiative fait suite au licenciement controversé du PDG de Grasset, Olivier Nora, un événement qui a secoué le monde littéraire.
« L'ADN d'une maison d'édition dépend des gens qui y vivent »
Les 76 auteurs signataires de cette tribune, envoyée à l'Agence France-Presse, affirment avec force que « l'ADN d'une maison d'édition dépend des gens qui y vivent et la font vivre ». Ils expriment leur espoir que Grasset, qui les a accueillis depuis la création de sa collection jeunesse il y a 53 ans, continuera à les traiter avec le même respect. Le département jeunesse de Grasset, souvent décrit comme « une petite maison dans la maison », publie environ une douzaine de livres par an, un rythme modeste mais essentiel pour la diversité éditoriale.
Les auteurs insistent sur le fait que la liberté de création est indispensable à la production de bons livres. Ils bénéficient du soutien de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, renforçant ainsi la légitimité de leur démarche. Par ailleurs, ils se joignent activement au débat sur le droit à une clause de conscience, qui leur permettrait de choisir librement de rester ou de quitter la maison d'édition en cas de changements profonds.
Un mouvement qui s'étend au-delà de Grasset
Ce débat sur la clause de conscience a été initié par plus de 300 auteurs et acteurs de l'édition, dont des figures emblématiques comme Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère. Ils réclament l'instauration d'une telle clause dans l'édition, similaire à celle existant dans les médias, afin de protéger les créateurs des pressions éditoriales.
Dans un mouvement de solidarité, plus de 170 écrivains ont annoncé leur refus de publier de nouveaux ouvrages chez Grasset après le départ d'Olivier Nora. De nombreux auteurs attribuent ce licenciement à l'influence de Vincent Bolloré, l'homme d'affaires conservateur qui contrôle Hachette, le numéro un français de l'édition et maison mère de Grasset. Cette situation a provoqué des départs en cascade, créant une crise sans précédent dans le secteur.
Vers une réflexion politique et sociétale élargie
La question de la clause de conscience dépasse désormais le cadre strict de l'édition. Deux parlementaires, la sénatrice socialiste Sylvie Robert et le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, ont exprimé leur intention d'ouvrir le débat au Parlement. Le président Emmanuel Macron a lui-même appelé à « réfléchir » à cette proposition, sans prendre position définitive pour l'instant.
Le philosophe et romancier Gaspard Koenig a souligné dans une tribune publiée dans Les Échos que « l'affaire Grasset devrait être l'occasion d'élargir la question de la clause de conscience à toutes les professions ». Il estime que cette clause, actuellement réservée à des domaines comme la médecine ou le journalisme, pourrait être étendue à d'autres secteurs, à condition d'être limitée dans le temps et conditionnée à un véritable changement de ligne politique.
Koenig ajoute que cette clause « devra ouvrir des droits suffisants pour permettre à chacun de faire un choix réellement libre », garantissant ainsi une protection équitable pour tous les professionnels concernés. Cette réflexion marque un tournant dans la manière d'aborder les libertés individuelles dans le monde du travail, au-delà du seul secteur de l'édition.



