Cinq livres coup de cœur : Shteyngart, De Boysson, Beaussault et plus
Cinq livres coup de cœur : Shteyngart, De Boysson, Beaussault

Notre sélection livres de la semaine

Cette semaine, nos journalistes ont choisi cinq ouvrages marquants : « Vera dans son monde » de Gary Shteyngart, « Tendre Maroc » d’Emmanuelle de Boysson, « La Colline » de Mathilde Beaussault, « L’Extinction des vaches de mer » d’Adèle Rosenfeld et « Bosphore Tango » de Metin Arditi. Romans, polars, récits d’enfance et quêtes identitaires sont au programme.

Une chronique de l’Amérique signée Gary Shteyngart

Alors que la dystopie semblait épuisée, Gary Shteyngart renouvelle le genre avec un roman inventif et génial. L’écrivain américain d’origine russe, déjà auteur de « Super triste histoire d’amour », imagine une Amérique déliquescente où se mêlent humour et désenchantement. Vera, dix ans, surdouée et hypersensible, observe le basculement de la société dans le techno-fascisme, mais c’est surtout le délitement de sa famille qui l’angoisse. Entre quête des origines, premiers émois et conscience politique, ce récit d’apprentissage est savoureux et inquiétant.

« Vera dans son monde », de Gary Shteyngart, traduit de l’anglais par Stéphane Roques, éditions de L’Olivier, 240 p., 22 €.

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Emmanuelle de Boysson raconte son enfance marocaine

Dans « Tendre Maroc », Emmanuelle de Boysson évoque son enfance à Mohammedia, près de Casablanca, de six à treize ans. Derrière les parfums d’eucalyptus et de menthe, la figure de sa mère Blanche se dévoile : pieuse, corsetée, mais peu affectueuse. La romancière cherche une mère perdue, sucrée et protectrice. Ce récit aux cent mille détails intacts est traversé d’une histoire d’amour aux reflets de miel, mais tire sa beauté d’un soleil voilé.

« Tendre Maroc », d’Emmanuelle de Boysson, Calmann-Lévy, 200 p., 18,50 €.

La tour infernale de Mathilde Beaussault

Après le succès des « Saules », Mathilde Beaussault signe un nouveau polar haletant. « La Colline » débute dans une cité rennaise : un nouveau-né est retrouvé dans une benne à ordures, sauvé in extremis. Au même moment, Monroe, dix-sept ans, se vide de son sang, séquestrée par sa mère. Le récit kaléidoscopique alterne les points de vue (policiers, voisins, soignants) avec une finesse psychologique et une virtuosité dramaturgique renversantes.

« La Colline », de Mathilde Beaussault, Seuil, 336 p., 19,90 €.

Adèle Rosenfeld à la recherche de ses chers disparus

Adèle Rosenfeld ressuscite la rhytine de Steller, ou « vache de mer », disparue vingt-sept ans après sa découverte par l’homme. Le livre retrace l’expédition de 1741 dans le Pacifique, puis bascule dans l’intime : l’autrice relie son obsession pour l’espèce éteinte à la disparition de son grand-père, enfant rescapé des rafles nazies. Un roman hypnotique sur la cruauté humaine, entre désastre environnemental et traumatisme familial.

« L’Extinction des vaches de mer », d’Adèle Rosenfeld, Grasset, 160 p., 17 €.

Metin Arditi nous replonge dans sa Turquie natale

Dans « Bosphore Tango », Metin Arditi clôt sa « Trilogie de Constantinople » avec Jalila, romancière turque voilée et pro-Erdogan, qui écrit sur les minorités juive, grecque et arménienne. Elle découvre qu’elle-même est née d’un adultère entre une chrétienne et un juif. L’auteur suisse explore la complexité de la Turquie à travers des destins croisés, avec une phrase en écho : « Celui qui n’aime pas son pays tourne la tête. Celui qui l’aime le regarde au fond des yeux. »

« Bosphore Tango », de Metin Arditi, Grasset, 240 p., 20 €.

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