Zaven Najjar adapte « Allah n’est pas obligé » : un film d'animation sur les enfants-soldats
Zaven Najjar adapte Kourouma en film d'animation sur enfants-soldats

Zaven Najjar adapte le roman choc d'Ahmadou Kourouma en film d'animation

Illustrateur et graphiste de talent, Zaven Najjar s'est imposé très tôt par son style graphique unique et signe aujourd'hui son premier long métrage d'animation avec le remarquable « Allah n’est pas obligé », qui arrive en salles ce 4 mars. Ce film puissant raconte, dans la langue du grand romancier ivoirien Ahmadou Kourouma, le destin tragique du jeune orphelin guinéen Birahima, contraint de devenir enfant-soldat dans les conflits qui ont déchiré le Libéria et la Sierra Leone durant les années 1990.

Comment rendre supportable une histoire aussi dramatique ?

Comment rendre supportable, et même esthétiquement réussie, une histoire aussi dramatique et violente que l'embrigadement d'enfants, phénomène qui touche encore aujourd'hui près de 250 000 enfants dans le monde ? C'est le défi immense que relève Zaven Najjar dans cette adaptation cinématographique. Le réalisateur, dont le parcours personnel est marqué par ses origines libanaises et familiales liées à la guerre, aborde ce sujet d'une sombre actualité avec une sensibilité particulière.

Une relation personnelle avec le thème de la guerre

« J'ai grandi en France, mais je me souviens de l'inquiétude constante, dans mon enfance, pour ma famille libanaise », confie Zaven Najjar. « Je suis franco-syrien et une partie de ma famille, des Arméniens de Syrie et du Liban, y vit. Avec certains de mes grands cousins, nous discutions beaucoup ; donc oui, la guerre était toujours présente. »

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Le réalisateur exprime son angoisse actuelle pour sa famille au Liban, où la situation ne cesse de s'aggraver : « Derrière les images et les analyses géopolitiques, il y a des parents, des enfants, des vies suspendues. On ne s'habitue jamais à ça. »

De la direction artistique à la réalisation

Comment est-on passé de la direction artistique de « La Sirène » de Sepideh Farsi en 2023, film situé pendant le siège irakien, à la réalisation de « Allah n'est pas obligé » ? La rencontre avec le producteur Sébastien Onomo a été déterminante : « Il m'a fait découvrir le roman de Kourouma, qu'il avait lu pendant ses études à la Sorbonne, dix ans plus tôt. Cette lecture fut un choc pour moi aussi, et le projet d'un long métrage s'est alors dessiné. »

Zaven Najjar a posé une condition essentielle : pouvoir se rendre sur place pour travailler avec d'anciens combattants. « C'était forcément un énorme défi pour moi, qui ne suis pas reporter mais réalisateur de films de fiction. J'ai donc abordé le projet de manière très modeste, minutieuse, mais déterminée. »

Une méthode de travail rigoureuse

La méthode du réalisateur a été particulièrement méticuleuse :

  • Étude approfondie de documentation d'archives
  • Travail avec l'ancien général sierra-léonais Mohamed « Sparo » Tarawalley
  • Interviews de nombreux anciens combattants
  • Déplacement sur les lieux du roman au Libéria
  • Rencontres avec des travailleurs des carrières de diamants
  • Croquis réalisés sur place pour décors et personnages

« Je dessinais sur place dans un carnet de croquis : décors, personnages... des dessins qui ressemblent, pour la plupart, aux personnages du film final », explique le réalisateur. Le film combine plusieurs techniques d'animation, mêlant 3D et 2D pour un résultat visuel unique.

Adapter la violence sans la banaliser

Comment animer la violence d'un tel conflit armé dont des enfants sont les otages, tout en la rendant supportable ? « Il n'était pas vraiment possible de faire de ce roman un film pour les petits enfants, mais plutôt pour un public à partir de 12 ans, l'âge du personnage », précise Zaven Najjar. « Je m'étais donné pour ligne de conduite de ne pas cacher la violence, parce que je pense que cela fait partie de la mémoire de ces conflits que de la montrer. Mais je ne voulais pas non plus que ce soit gratuit ou que cela devienne spectaculaire. »

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Le réalisateur a introduit l'élément du petit panda que Birahima ne quitte jamais, s'inspirant de la pratique des soldats qui collent parfois des objets sur leurs fusils : « Pour le héros, j'ai choisi un petit panda ; j'ai pris cette petite liberté d'opter pour quelque chose de manufacturé. »

Donner des explications contextuelles

Le film inclut des informations historiques essentielles pour comprendre le contexte : « Ce qui m'a motivé à faire cette adaptation, c'est le fait qu'il y ait ces explications, pour ne pas rester seulement sur l'émotion de ce qui arrive à cet orphelin, mais sur son parcours confronté à des enjeux qui lui sont supérieurs », souligne le réalisateur.

Le choix crucial des voix et du son

La dimension sonore a été particulièrement soignée : « J'ai eu la chance de travailler avec Luis Marquez et Alma Productions à Abidjan, un studio qui a enregistré dans la région une véritable banque de sons réalisés spécifiquement pour les besoins du film. » C'est par cette collaboration que Zaven Najjar a découvert le jeune rappeur ivoirien SK07, alors âgé de seulement 11 ans lors de l'enregistrement, presque l'âge exact du personnage principal.

L'adaptation du roman au format cinématographique

Avec sa co-scénariste Karine Winczura, le réalisateur a dû restructurer le récit pour l'adapter aux contraintes de durée et de budget : « On a fait un mélange entre le roman et des improvisations lors de l'enregistrement des voix. » Zaven Najjar a été rassuré d'apprendre qu'Ahmadou Kourouma lui-même avait accepté des modifications lors d'une adaptation théâtrale de son roman.

Projets futurs du réalisateur

Actuellement, Zaven Najjar finalise les versions anglophone et en langue malinké du film, tout en développant deux nouveaux projets : « Le film d'animation, le plus avancé, va raconter l'histoire d'une fratrie dysfonctionnelle de chats mutants qui s'échappent du labo qui les a créés et partent en cavale entre Paris, le Pérou, Abidjan et Erevan, en Arménie. Des films de divertissement, avec du fond, mais moins dramatiques ! »

À travers « Allah n'est pas obligé », Zaven Najjar offre une œuvre cinématographique nécessaire qui, sans édulcorer la réalité des conflits et du sort des enfants-soldats, parvient à créer une porte d'entrée vers la compréhension de ces tragédies contemporaines.