Valérie Perrine, de show-girl à icône du cinéma des années 1970, s'éteint à 82 ans
Valérie Perrine, icône du cinéma des années 1970, est morte

Valérie Perrine, l'étoile fragile du Nouvel Hollywood, s'est éteinte

Regardez-la bien dans les yeux. Vraiment, dans les yeux. Valérie Perrine, cette Vénus pop aux courbes plantureuses qui incarna de manière mémorable Eve Teschmacher dans Superman 1 et 2, était avant tout un regard. Un regard émouvant dès le premier contact, pour qui prenait le temps de s'y attarder. On y lisait une candeur touchante, une gentillesse authentique, une bonté d'âme et une fragilité insigne qui, combinées à son véritable talent comique, firent des étincelles dans l'univers du superhéros de Krypton.

Le regard inoubliable d'Eve Teschmacher

« Pourquoi est-ce que je ne tombe jamais sur des types bien ? » lançait-elle d'une voix discrètement poignante à Superman, juste après l'avoir libéré de ses chaînes de kryptonite. Le superhéros lui caressait la joue en remerciement avant de s'envoler sauver le monde. Eve n'obtiendrait rien de plus - le cœur de l'homme d'acier ne battait que pour Loïs Lane. Mais c'était déjà beaucoup. À l'époque, les enfants s'étaient épris sans condition de cette jeune femme noble et maladroite, piégée par ses mauvais choix, notamment celui de fréquenter l'ingrat psychopathe Lex Luthor.

Un parcours de Las Vegas à Hollywood

Valerie Perrine est morte ce 23 mars à Beverly Hills, à 82 ans, après quinze années de lutte contre la maladie de Parkinson. Si son rôle dans les Superman reste iconique, les anciens gamins des seventies, devenus adultes, savent que la carrière de Perrine vola bien au-delà de la seule Eve Teschmacher. Son visage, sa plastique et son jeu si singuliers marquèrent profondément les années 1970, celles du Nouvel Hollywood et de ce 7e art américain audacieux, adulte et expérimental qu'elle traversa de sa présence à la fois charnelle et friable, drôle et blessée.

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À ses débuts, cette fille d'un lieutenant-colonel et d'une danseuse écossaise passée par les revues de Broadway ne faisait guère mystère de ses formes. Première actrice à jouer seins nus dans un téléfilm américain - Steambath sur PBS en 1973 - Perrine disait avoir hérité du rôle en raison de son insouciance quant à la nudité, héritée de ses années de show-girl au Stardust de Las Vegas. Un job lucratif pour lequel elle plaqua ses études de psychologie.

L'ascension artistique et le rôle de sa vie

Dans Abattoir 5 (1972), son tout premier film, elle transcende son statut d'objet sexuel par une douceur charnelle et une innocence désarmantes. Mais c'est en 1974 que son ascension explose avec Lenny, chef-d'œuvre en noir et blanc de Bob Fosse sur le comédien Lenny Bruce. Valerie Perrine y incarne Honey Bruce, l'épouse strip-teaseuse, toxicomane et autodestructrice de l'artiste.

C'est LE rôle de sa carrière. Dustin Hoffman lui-même avoua avoir été déstabilisé par le réalisme des crises et de la détresse jouées par sa partenaire. Puisant dans ses propres blessures - la mort tragique de son fiancé en 1969 et sa relation avec Jay Sebring, assassiné par la famille Manson - l'actrice opéra sa mue. Elle sidéra les festivals du monde entier et repartit de Cannes 1975 avec un prix d'interprétation, plus un BAFTA et une nomination aux Oscars.

Les années Superman et le déclin

La décennie passa, le Nouvel Hollywood se meurt... Hormis Superman, qu'elle enchanta de sa vis comica aux côtés de Gene Hackman, on retrouva Valerie dans quelques titres marquants jusqu'à l'aube des années 1980, dont Le Cavalier électrique de Sydney Pollack avec Robert Redford. Mais un mur vint brutalement mettre un terme à sa belle carrière en 1980 : Can't Stop the Music, pseudo-biopic des Village People, un désastre si retentissant qu'il contribua à la création des Razzie Awards.

« Ça a ruiné ma carrière. J'ai déménagé en Europe après, tellement j'avais honte » confiera-t-elle. Les grands rôles se raréfièrent mais Valerie continua de travailler, au grand comme au petit écran, jusque dans les années 2010. On la remarqua notamment en 2000 dans Ce que veulent les femmes de Nancy Meyers, et dans des apparitions télévisées mémorables dans Urgences (épisode réalisé par Quentin Tarantino) ou Homicide.

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Les dernières années et l'héritage

Diagnostiquée Parkinson en 2015 après des tremblements apparus dès 2011, Valerie Perrine dilapida ses finances en frais médicaux, comme beaucoup de stars vieillissantes piégées par le système de santé américain. Une campagne de financement participatif a été lancée le jour même de sa mort par le réalisateur du documentaire Valerie (2019) sur sa vie.

Les fans donneront sans hésitation en retour à l'humble artiste qui a tant donné, corps et âme, au meilleur du cinéma des années 1970. Elle restera l'incarnation d'une féminité post-sixties, libérée mais pas arrogante, sensuelle mais jamais réductible à sa sensualité, drôle sans être une potiche. Et ce regard fragile qu'on ne pouvait plus quitter. Valerie Perrine, la show-girl devenue actrice que nous avons tant aimée.